Archives mensuelles: août 2017

Note de lecture

La méca­nique raciste

Les trois notes de lec­ture ci des­sous s’inscrivent dans le tra­vail en cours pour un texte por­tant sur la seg­men­ta­tion du pro­lé­ta­riat et la méca­nique des assi­gna­tions raciales dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste en géné­ral et dans son his­toire récente en par­ti­cu­lier. Texte qui consti­tuera l’essentiel du pro­chain n° de Théo­rie Communiste.

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Pierre Teva­nian : La méca­nique raciste, éd La Décou­verte 2008 puis 2017

  • Teva­nian n’explique jamais quel est le pro­ces­sus de pro­duc­tion des dif­fé­rences qu’il construit et sur les­quelles il se foca­lise (comme Guillau­min, comme Haj­jat – c’est un peu comme pour les femmes) : pp. 122. 123. 125. 127 (« les lignes de cli­vage n’ont apriori aucune per­ti­nence, le racisme leur en confère une a pos­te­riori ». OK com­ment, pour­quoi, quel pro­cès de pro­duc­tion, pour­quoi le choix sur tel ou tel élé­ment). 146. Teva­nian qua­li­fie le racisme de « croyance » (99), de « fic­tion » (128), l’objectivité n’est que l’effet du « pou­voir per­for­ma­tif » (128) des « croyances » et des « fic­tions », de la « sub­jec­ti­vité raciste ». Teva­nian sou­ligne les effets objec­tifs du racisme comme « pro­ces­sus d’infériorisation sociale » et « dis­cri­mi­na­tion sys­té­ma­tique qui limite la concur­rence » (128), mais ce sont des effets et non le racisme lui-même. (la suite page 2)

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Note de lecture

L’idéologie raciste

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Colette Guillau­min : L’Idéologie raciste, éd Folio essais 2002 (pre­mière édi­tion Mou­ton 1972)

  • La dif­fé­rence phy­sique : 281

La dif­fé­rence socio­lo­gique n’est à aucun moment perçu autre­ment que comme une dif­fé­rence réelle. « On peut dire que l’imputation socio­lo­gique de la dif­fé­rence n’a aucun rap­port avec le fait qu’il existe ou non une dif­fé­rence concrète entre les groupes, mais qu’elle s’exerce à par­tir du signe de cette dif­fé­rence, et non de sa maté­ria­lité. » Encore faut-il « voir » la différence.

  • Guillau­min recon­nait une exis­tence réelle et scien­ti­fique des races ? : 100

« Les races au sens scien­ti­fique ne coïn­cident que rare­ment avec les groupes sociaux »

  • La fata­lité bio­lo­gique de la dif­fé­rence et le « racisme » anté­rieur : 40 – 41

« Ce que nous savions des racismes anté­rieurs, pour autant que nous accep­tions ce terme par com­mo­dité, nous mon­trait la croyance en un pas­sage pos­sible d’une caté­go­rie à une autre. (…) A par­tir du XIXe il n’y a plus ques­tion, mais affir­ma­tion. Impli­cite ou expli­cite, il y a cou­pure au sein de l’humanité (sou­li­gné dans le texte), les groupes “sont” et n’ont plus de sta­tut mou­vant. (…) On ne peut plus se conver­tir, ni acqué­rir les ver­tus du domi­nant, la nature garan­tit main­te­nant les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque groupe. (…) La rigi­dité des appar­te­nances de groupe, fata­lité bio­lo­gique, est main­te­nant inamo­vible, “intou­chable”. »(la suite page 2)

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Note de lecture

Isla­mo­pho­bie, com­ment les élites fran­çaises fabriquent le pro­blème musulman

41P9uPDx2YLAbdel­lali Haj­jat – Mar­wan Moham­med (H/M) : Isla­mo­pho­bie, com­ment les élites fran­çaises fabriquent le pro­blème musul­man. éd. La Décou­verte 2013 puis Post­face 2016.

[« Il est en effet plus facile de trou­ver par l’analyse le contenu, le noyau ter­restre des concep­tions nua­geuses des reli­gions que de faire voir par voie inverse com­ment les condi­tions réelles de la vie revêtent peu à peu une forme éthé­rée. C’est là la seule méthode maté­ria­liste, par consé­quent scien­ti­fique. » (Marx, Le Capi­tal, t.2, p.59)] C’est moi qui ajoute en exergue cette cita­tion.

  • Isla­mo­pho­bie et racisme anti­arabe le pro­blème de la dis­tinc­tion entre les deux

Tout le livre de H/M est favo­rable à la dis­tinc­tion, l’islamophobie est pour eux un nou­veau racisme. Contre l’argument consis­tant à dire « l’islamophobie n’est qu’un nou­vel ava­tar du racisme anti­arabe », leur prin­ci­pal argu­ment : « Or tous les Arabes ne sont pas musul­mans et tous les musul­mans ne sont pas arabes » (19). C’est par­fai­te­ment exact, mais tout le monde s’en fout : en France, musul­man c’est arabe, en Grande-Bretagne musul­man c’est « pakis » et vice-versa : arabe c’est musul­man. Cet argu­ment pour­rait à la limite être valable à condi­tion d’expliquer la muta­tion for­melle du racisme et pour­quoi il change de dési­gna­tion du groupe. (la suite page 2)

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