Notes sur les Marches

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C’est le pas­sage d’une situa­tion et d’une exis­tence défi­nies par une cer­taine place dans les rap­ports sociaux de pro­duc­tion à une situa­tion défi­nie par une dif­fé­rence « cultu­relle », elle-même résul­tant d’un chan­ge­ment de place dans les rap­ports de pro­duc­tion et leur vécu. Tout cela se cris­tal­li­sant dans une dif­fé­rence de géné­ra­tions. La culture qui n’était qu’une déter­mi­na­tion du tra­vailleur immi­gré en devient la défi­ni­tion même. La cri­tique et le refus par cer­tains de l’appellation « beurs » et « beu­rettes » qui, dans les mots, veut mar­quer une dif­fé­rence et même une cou­pure avec le « tra­vailleur arabe » mani­festent la conscience de ce chan­ge­ment dans la période de tran­si­tion dans laquelle se déroulent ces Marches. Mais, en fait, ils sou­lignent sur­tout l’impuissance devant le chan­ge­ment en cours de réa­li­sa­tion et sa recon­nais­sance comme le mani­festent, aussi bien lors de la Marche de 83 que de la Conver­gence de 84 et le peu de suc­cès, le carac­tère mar­gi­nal, de la ren­contre et de la soli­da­rité avec les ouvriers de l’automobile en grève au même moment.

La trans­for­ma­tion cultu­relle n’est pas seule­ment un pro­ces­sus objec­tif subi, elle est reprise, reven­di­quée comme reven­di­ca­tion poli­tique et sociale de l’égalité et de la citoyen­neté (qui réap­pa­raît comme concept idéo­lo­gique cen­tral aux débuts des années 1980). On lutte alors sur un ter­rain déjà piégé. Ainsi la deuxième géné­ra­tion par­ti­cipe elle-même, de façon reven­di­ca­tive (elle reven­dique dans un cadre où elle est coin­cée), à une évo­lu­tion qui se retourne contre elle. Une frac­tion du Parti socia­liste a bien vu le pro­ces­sus et l’a même anti­cipé. La Marche est annon­cée le 7 juillet 1983 à Lyon dans le jour­nal local Le Pro­grès, le 10 août Mit­ter­rand est en visite aux Min­guettes avec Geor­gina Dufoix, ils ren­contrent les orga­ni­sa­teurs et le Pré­sident pro­met de rece­voir une délé­ga­tion à l’arrivée à Paris. Il n’est pas sans inté­rêt de rap­pe­ler que les décla­ra­tions gou­ver­ne­men­tales sur les ouvriers « isla­mistes » en grève dans l’automobile sont toute fraiches, elles datent de la fin janvier-début février 1983.

« Ce début de recon­nais­sance publique appa­raît comme l’aube d’une ère nou­velle où la société fran­çaise pourra enfin cre­ver un abcès de son his­toire. Le temps d’un coup de cœur, les “Beurs” sont vus comme les hérauts d’un deve­nir mul­ti­cul­tu­rel de l’Hexagone. Mais très vite les pen­dules sont remises à l’heure d’une France éter­nelle de l’assimilation. Poser publi­que­ment la ques­tion eth­nique, ce serait remettre en cause l’universalité du modèle répu­bli­cain, car seule l’extrême droite par­le­rait ce lan­gage de sinistre mémoire. » (Bou­be­ker, in Rup­tures …, pp.268 – 269). Mais pour­quoi cette remise en cause n’est pas pos­sible ? Pour Bou­be­ker, il ne s’agirait que de « la peur de la gauche socia­liste de perdre le pou­voir ». Elle rate­rait là « une occa­sion his­to­rique de lan­cer un grand débat public sur la nou­velle dimen­sion mul­tieth­nique et plu­ri­cul­tu­relle de la société fran­çaise » (idem). Pour­quoi cette « occa­sion » fut-elle ratée ?

Les notes , ci dessous

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