Note sur le mou­ve­ment des gilets jaunes

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Voici un texte de tra­vail au sujet du mou­ve­ment en cours.
En page 2, nous avons mis le texte
“Une séquence par­ti­cu­lière” dont il est ques­tion dans cette note.
En page 3, des extraits per­ti­nents ici de
“Mr Le pen et la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière“
Les com­men­taires, ajouts, apports divers sont les bienvenus!!

LA FRANCE QUI ROULE DES CLOPES ET FUME AU DIESEL
(Elle fait aussi griller des mer­guez et appré­cie « le jaune », pas seule­ment en gilet)

Ce n’est pas que le mou­ve­ment dit des « gilets jaunes » n’apporte rien de nou­veau, mais si on relit Une séquence par­ti­cu­lière (TC 25), la grille d’analyse pos­sible du mou­ve­ment dit des « gilets jaunes » est déjà en quasi tota­lité pré­sente : le pas­sage de la crise du rap­port sala­rial à celle de la société sala­riale ; la délé­gi­ti­ma­tion de l’Etat res­pon­sable de l’injustice (que ren­force la fis­ca­lité) ; le peuple et le popu­lisme (dont il fau­drait redon­ner la défi­ni­tion, voir texte Le Pen, TC 18 et livre sur l’Iran) ; le local, les élites, les riches et les pauvres, le peuple avec sa culture et sa « com­mon décency ». Cer­tains para­graphes de ce texte sont même qua­si­ment « pré­mo­ni­toires » (Le ter­ri­toire et le local, TC 25, pp.42 – 43 et la syn­thèse p.50). C’est bien sûr de la nature même de la crise qu’il fau­drait par­tir : iden­tité crise de sur­ac­cu­mu­la­tion et crise de sous-consommation, le rap­port sala­rial : TC 25, p.38 et ailleurs.

L’interclassisme découle évi­dem­ment de ces pré­misses (pas­sage du salaire comme rap­port de pro­duc­tion au salaire comme rap­port de dis­tri­bu­tion ; l’injustice sociale via le fisc dont le res­pon­sable est l’Etat), mais nous devons obser­ver que notre approche habi­tuelle des classes moyennes (je pré­fé­re­rais le sin­gu­lier voir texte dans TC 25, p.84) dites « nou­velles » ne colle pas vrai­ment avec le mou­ve­ment actuel dans lequel on voit plu­tôt des com­mer­çants, des arti­sans, des patrons rou­tiers, des membres des pro­fes­sions libé­rales « infé­rieures ». (suite page 2)

Le petit patro­nat repré­sente idéa­le­ment cette récon­ci­lia­tion du tra­vail res­pec­table et du capi­tal mérité, s’épanouissant dans le cadre de la nation, sociale et fami­liale. Mal­heu­reu­se­ment, si c’est un idéal c’est que c’est aussi une réa­lité. La moi­tié des ouvriers tra­vaillent dans le cadre d’une petite, voire d’une toute petite entre­prise, on pour­rait dire que ce n’est pas le nombre qui compte mais la place dans la com­po­si­tion de la classe ouvrière par rap­port aux dyna­miques capi­ta­listes en cours, or, de ce point de vue, force est de consta­ter que cet écla­te­ment n’est pas archaïque. Comme leur patron, ces ouvriers sont sou­vent sou­mis à la pres­sion directe de la clien­tèle qu’elle soit pri­vée ou celle d’entreprises plus impor­tantes, celui qui appa­raît comme aggra­vant les condi­tions de tra­vail, for­çant à tenir les salaires, c’est tout autant le patron que le client impé­rieux. A de nom­breux égards, le « point de vue ouvrier » fait sou­vent corps avec celui du patron : ils dénoncent avec lui, les délo­ca­li­sa­tions, la mon­dia­li­sa­tion de la concur­rence, l’envolée des reve­nus « indus » du capi­tal finan­cier, la pres­sion des banques et fina­le­ment le poids des charges sociales et des règle­ments. Non seule­ment le petit patron for­ma­lise le mou­ve­ment popu­liste, mais encore les petits patrons sont spé­ci­fi­que­ment mis en mou­ve­ment en tant que caté­go­rie sociale dont le pou­voir éco­no­mique et poli­tique est atta­qué. Les condi­tions actuelles de la crise retra­vaillent la tra­di­tion de l’extrême droite (tra­vail, famille, patrie, racisme) pour pro­duire les thèmes du popu­lisme : jus­tice éco­no­mique, com­mu­nauté natio­nale, res­pec­ta­bi­lité du tra­vail, répu­blique et sou­ve­rai­neté ren­due au peuple. Le popu­lisme du tra­vail res­pec­table et du capi­tal mérité doit se prou­ver comme la repré­sen­ta­tion en acte de la « com­mu­nauté du peuple », et cela en pro­dui­sant le peuple contre l’ « impo­pu­laire », le « non-citoyen » : la finance, les élites poli­tiques de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, les bobos des centre villes et les grands capi­taines d’industrie d’un côté ; les « pro­fi­teurs du Wel­fare », les « assis­tés », dont les immi­grés et leurs des­cen­dants sont d’autant plus le para­digme qu’ils appa­raissent comme liés à la mondialisation.

Le rap­pro­che­ment avec le pou­ja­disme des années 1950 est cepen­dant un fan­tasme. Le pou­ja­disme était clai­re­ment orga­nisé autour de ces pro­fes­sions, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, leur poids social était incom­pa­rable avec ce qu’il est actuel­le­ment. Tout le contexte social, éco­no­mique et poli­tique était dif­fé­rent. La réfé­rence au pou­ja­disme n’est là que pour évi­ter toute ques­tion gênante sur l’interclassisme et pour jus­ti­fier un juge­ment a priori.

Pour évi­ter tout nor­ma­ti­visme, il faut évi­ter de juger le mou­ve­ment sur ce qu’il ne fait pas ou « mal ». C’est en déga­geant les dyna­miques à l’œuvre, en mon­trant ce que nous dit un mou­ve­ment de là où nous en sommes dans la crise qu’on le juge et qu’on se posi­tionne, non à par­tir d’une idée tou­jours déjà là de la révo­lu­tion et de la bonne lutte de classe. Pre­nons garde, nous serons jugés comme nous avons jugé (Mat­thieu 7 : 2).

C’est un mou­ve­ment qui se réclame du tra­vail, le vrai, celui qui assure la dignité face aux têtes d’œuf et autres para­sites qui dirigent l’Etat. Le mou­ve­ment ne cherche pas à « blo­quer le tra­vail » ni « l’économie » et quand cela arrive, les gilets jaunes s’en excusent. Ce n’est pas leur but, juste un moyen, l’économie n’est pas leur ennemi. On ne peut pas repro­cher aux gilets jaunes de ne pas faire (ou inver­se­ment les féli­ci­ter de faire) ce qu’ils n’ont pas l’intention de faire (c’est un peu à quoi se résume les quelques textes ou notes en cir­cu­la­tion). Ce qui n’empêche pas que centres com­mer­ciaux, grandes entre­prises de trans­port, ronds points stra­té­giques sont bel et bien sérieu­se­ment per­tur­bés (les ten­ta­tives autour des raf­fi­ne­ries et dépôts pétro­liers paraissent vel­léi­taires et ne pas fonctionner).

Le pro­blème que ren­contre la cri­tique de l’interclassisme est sou­vent de croire que les classes en pré­sence forment sim­ple­ment une somme, qu’elles s’additionnent tout en demeu­rant des élé­ments dis­crets bien défi­nis et déli­mi­tés en eux-mêmes, que fina­le­ment l’interclassisme ne les affecte pas, que l’action n’existe pas. C’est bien à par­tir de ses inté­rêts propres que chaque com­po­sante se retrouve dans le mou­ve­ment, mais l’interclassisme est alors pour cha­cun de façon interne, le cours de son action propre. L’interclassisme n’est pas une addi­tion mais la résul­tante de ces inté­rêts propres inté­rieu­re­ment affec­tés par leur coexis­tence, se fon­dant dans une reven­di­ca­tion com­mune. Il ne suf­fit pas de consta­ter l’interclassisme et d’en faire une condam­na­tion sans appel, il faut dire chaque fois spé­ci­fi­que­ment les condi­tions de son exis­tence, non seule­ment par exi­gence intel­lec­tuelle mais avant tout pour se posi­tion­ner dans son appréhension.

Dans le cas pré­sent, la reven­di­ca­tion com­mune porte sur le niveau de vie et plus pré­ci­sé­ment, à l’intérieur de ce qui l’affecte, l’ensemble des dépenses contraintes et parmi elles, celle que tout le monde désigne comme « la goutte d’eau qui a fait débor­der le vase » : l’augmentation du prix des car­bu­rants (prin­ci­pa­le­ment le gazole). La ques­tion est celle du niveau de vie, des reve­nus. Mais cette ques­tion ne demeure pas une ques­tion éco­no­mique, elle devient immé­dia­te­ment poli­tique. Les taxes, les impôts, c’est l’Etat. C’est dans cette immé­diate muta­tion de l’économie en poli­tique que l’interclassisme trouve sa forme qui le défi­nit et le conforte. La résul­tante n’est jamais socia­le­ment neutre mais consacre dans l’interclassisme, l’hégémonie d’une de ses com­po­santes : les arti­sans et petits patrons qui fédèrent le « peuple ».

Pour pla­gier Marx dans les Gloses sur le roi de Prusse et la réforme sociale : c’est « une révolte éco­no­mique à âme poli­tique ». Et l’on retrouve ici la ques­tion de la légi­ti­mité de l’Etat. L’ « âme poli­tique » d’une révolte éco­no­mique consiste dans la ten­dance des classes sans influence poli­tique de mettre fin à leur iso­le­ment de l’Etat et du pou­voir. Mettre fin à cet iso­le­ment, c’est pro­mou­voir le peuple et pro­cla­mer celui-ci comme étant immé­dia­te­ment l’Etat. Le popu­lisme, à peu de choses près, n’est rien d’autre (cf. Appel de St Nazaire).

Même s’il s’agit de niveau de vie et de revenu (voir Une séquence par­ti­cu­lière, la pré­do­mi­nance des rap­ports de dis­tri­bu­tion en rai­son même de la nature de la crise, c’est tou­jours de là qu’il faut par­tir), ce ne sont pas les plus pauvres qui sont sur les ronds points. L’âme poli­tique du mou­ve­ment, ce qui consti­tue la fusion inter­clas­siste, les en exclut. Trans­mu­ter la reven­di­ca­tion éco­no­mique en « iso­le­ment » vis-à-vis de l’Etat (il fal­lait que l’Etat déna­tio­na­lisé en arrive à sa propre cari­ca­ture dans la figure de Macron, il ne faut pas sous-estimer l’impact des petites phrases du Pré­sident et de ses aco­lytes) est le fait de ceux qui s’estiment lésés par cet iso­le­ment dans leur tra­jec­toire sociale et se consi­dèrent en mesure d’y remédier.

S’il est exact que le mou­ve­ment est pour l’instant bien repré­senté dans ce que l’on appelle la « France péri­phé­rique » (Chris­tophe Guilluy), cette « France » ne se confond pas, contrai­re­ment aux thèses de Guilluy avec la France pauvre (si Zemour reprend les thèses de Guilluy, il fait bien atten­tion de s’en dis­tin­guer sur ce point pour faire de cette « révolte » avant tout un phé­no­mène iden­ti­taire, ce qui existe chez Guilluy mais « secon­dai­re­ment »). Cette « France péri­phé­rique » n’est pas glo­ba­le­ment à l’écart des flux et des oppor­tu­ni­tés de la mon­dia­li­sa­tion. La « France péri­phé­rique » est avant tout une for­mule per­for­ma­tive qui fait exis­ter ce qu’elle est cen­sée dési­gner : c’est-à-dire une popu­la­tion (ouvriers comme petits patrons et arti­sans) subor­don­née aux acti­vi­tés des prin­ci­pales métro­poles et se dis­tin­guant des ban­lieues. De l’ouvrier au petit patron, l’affiliation à ces flux, emplois et oppor­tu­ni­tés est aléa­toire et peut constam­ment être remise en ques­tion. Les trans­ports et la mobi­lité dépen­dante de l’automobile sont essen­tiels face à cette pré­ca­rité de l’affiliation. Face aux métro­poles des élites boboi­sées et des ban­lieues immi­grées, cette « France » devient l’emblème du vrai tra­vail et du com­bat pour le conser­ver qui en fait une valeur, du peuple et de la Nation. C’est en se disant « péri­phé­rique » que le peuple devient « « authen­tique ». On ne peut négli­ger la dimen­sion et la sur­dé­ter­mi­na­tion ter­ri­to­riale des pra­tiques de classes et des alliances que cette dimen­sion peut engen­drer (pas tou­jours en subor­don­nant la classe ouvrière, cf. les Ardennes à la fin des années 1970). Cette dimen­sion est consti­tu­tive du mou­ve­ment des gilets jaunes, mais il faut la consi­dé­rer pour ce qu’elle est.

Quand la mobi­lité, donc la ter­ri­to­ria­lité, joue un rôle dans les luttes, le rap­port social qui struc­ture la lutte et défi­nit les enjeux n’est pas le capi­tal ou le tra­vail sala­rié mais la pro­priété fon­cière régis­sant l’aménagement de l’espace. L’interclassisme est le symp­tôme de ce rap­port social de pro­duc­tion. En effet, parce que c’est la pro­priété fon­cière qui les struc­ture et se pose elle-même comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes sur l’aménagement urbain ou l’aménagement du ter­ri­toire portent sur un rap­port de pro­duc­tion « second » : la rente n’est qu’une par­tie de la plus-value extor­quée dans le rap­port entre capi­tal et tra­vail. Ce carac­tère « second » mani­feste son essence propre en orga­ni­sant les luttes autour du revenu et de la consom­ma­tion. C’est la rente qui dis­tri­bue sur un ter­ri­toire les fonc­tions dans la divi­sion sociale du tra­vail, les lieux de can­ton­ne­ment et de cir­cu­la­tion des diverses classes sociales, leur pos­si­bi­lité d’action et de pré­sence dans les métro­poles, c’est elle qui assigne des places concrètes, qui déter­mine la maté­ria­lité des rela­tions sociales et des voi­si­nages. Par elle, les niveaux de salaires et de reve­nus, les diverses fonc­tions auto­no­mi­sées du capi­tal, deviennent des réa­li­tés loca­li­sées. Si j’habite ici parce que je suis un ouvrier, là parce que je suis un tra­der, et encore là parce que je suis un ouvrier noir, cela dépend de mon salaire ou de mes reve­nus, mais c’est parce que la rente fon­cière existe, ce n’est pas un effet direct de mon salaire ; c’est un effet ne deve­nant effec­tif que média­tisé par la rente. L’affectation selon le revenu semble une telle évi­dence que l’on en oublie la méca­nique interne qui la com­mande. Tous les rap­ports sociaux de pro­duc­tion capi­ta­listes sont « ligo­tés au sol », ainsi que les classes et leur dis­tinc­tion. Per­sonne n’est atta­ché à la glèbe, mais le pro­lé­taire ne quit­tera sa cité, son bidon­ville ou son pavillon que pour une autre cité ou un autre quar­tier ouvrier. Le capi­tal nous fait pro­lé­taire en géné­ral, la rente fait que l’on est tou­jours de quelque part… pro­vi­soi­re­ment (« Etre de quelque part » ne concerne ici que la rela­tion à des ter­ri­toires, sont ici lais­sées de côté les ques­tions de « culture »). Mais de même que la rente assigne une fonc­tion ou une classe à un lieu et à des cir­cu­la­tions entre divers lieux de la pro­duc­tion et de la repro­duc­tion, inver­se­ment elle attri­bue ces lieux à cette classe ou ce frag­ment de classe, elle les désigne comme les siens. En même temps qu’il struc­ture la ville, l’ordre glo­bal dont la rente est par­tie pre­nante, amène à des formes d’appropriation tou­jours déter­mi­nées par lui, mais qui sont pour lui tou­jours une menace dans la mesure où ces déter­mi­na­tions sont inté­rio­ri­sées et recons­truites par les classes domi­nées comme modes de vie propres tou­jours ter­ri­to­ria­li­sés. La ter­ri­to­ria­li­sa­tion devient une forme de conscience de soi.

Le pro­lé­taire « libre comme l’air », arché­type pour Engels de la classe révo­lu­tion­naire, n’est pas une réa­lité immé­diate comme il le pré­tend dans La Ques­tion du loge­ment, ce n’est pas un mythe non plus, c’est une abs­trac­tion légi­time, c’est-à-dire un concept qui per­met de com­prendre son « assi­gna­tion à résidence ».

Cri­ti­quant le prou­dho­nien alle­mand qui lui sert de punching-ball et qui regrette que le pro­lé­taire n’ait pas de lieu pour habi­ter et se trouve de ce fait « en des­sous des sau­vages », Engels écrit : « Pour créer la classe révo­lu­tion­naire moderne du pro­lé­ta­riat, il était indis­pen­sable que fût tran­ché le cor­don ombi­li­cal (ah ! cette image récur­rente du cor­don ombi­li­cal comme rela­tion de l’espèce humaine à la nature, nda) qui rat­ta­chait au sol le tra­vailleur du passé. Le tis­se­rand qui pos­sé­dait à côté de son métier sa mai­son­nette, son jar­di­net et son bout de champ, était, avec toute sa misère et mal­gré l’oppression poli­tique, un homme tran­quille et heu­reux, qui vivait “en toute piété et hon­nê­teté”, tirait son cha­peau devant les riches, les curés et les fonc­tion­naires de l’Etat, et était au fond de lui-même 100 % un esclave. C’est la grande indus­trie moderne qui a fait du tra­vailleur rivé au sol un pro­lé­taire ne pos­sé­dant abso­lu­ment rien, libéré de toutes les chaînes tra­di­tion­nelles, libre comme l’air ; c’est pré­ci­sé­ment cette révo­lu­tion éco­no­mique qui a créé les condi­tions qui seules per­mettent d’abolir l’exploitation de la classe ouvrière sous sa forme ultime, la pro­duc­tion capi­ta­liste. Et voici que notre prou­dho­nien s’en vient, comme s’il s’agissait d’une grande régres­sion, pleu­rant et gémis­sant sur l’expulsion des tra­vailleurs de leur foyer, alors qu’elle fut jus­te­ment la toute pre­mière condi­tion de leur éman­ci­pa­tion morale. (…) Le pro­lé­taire anglais de 1872 se trouve à un niveau infi­ni­ment supé­rieur à celui du tis­se­rand rural de 1772 ayant “feu et lieu”. Et le tro­glo­dyte avec sa caverne, l’Australien avec sa cabane de tor­chis, l’Indien avec son propre foyer, feront-ils jamais une insur­rec­tion de juin et une Com­mune de Paris ? » (Engels, op.cit., pp. 28 – 29). Sans remon­ter à la prise de la Bas­tille et au Fau­bourg Saint Antoine (cf. Sartre, Cri­tique de la Rai­son dia­lec­tique) l’insurrection de juin 1848 et la Com­mune de Paris ne sont pas des exemples pro­bants de l’action révo­lu­tion­naire du pro­lé­taire qui, bien que non-propriétaire, serait « libre comme l’air » et « sans feu ni lieu ».

Si la pro­priété fon­cière est un rap­port social de pro­duc­tion, elle ne l’est pas au même titre que le capi­tal ou le tra­vail sala­rié. On peut la qua­li­fier de rap­port social « second ». En effet : « Si nous conce­vons le capi­tal sous le seul aspect de la pro­duc­tion de plus-value, à savoir dans son rap­port avec l’ouvrier, quand il extorque du sur­tra­vail par la contrainte qu’il fait peser sur la force de tra­vail, c’est-à-dire sur le sala­rié, cette plus-value, en plus du pro­fit (pro­fit d’entrepreneur plus l’intérêt), com­prend éga­le­ment la rente… » (Marx, Le Capi­tal, Ed. Sociales, t.8, p.201). Rente abso­lue ou rente dif­fé­ren­tielle : « Ce sur­pro­fit est enlevé sous forme de rente au capi­tal en fonc­tion par celui dont un titre de pro­priété sur une par­celle du globe a fait le pro­prié­taire de ces richesses natu­relles. En ce qui concerne les ter­rains à bâtir, A. Smith a mon­tré que leur rente, comme celles de tous les ter­rains non agri­coles, est basée sur la rente agri­cole pro­pre­ment dite. » (idem, p.156). Que ce soit comme exploi­ta­tion de la terre aux fins de repro­duc­tion ou d’extraction, ou « l’espace, élé­ment de toute pro­duc­tion et néces­saire à toute acti­vité humaine, des deux côtés, la pro­priété fon­cière exige un tri­but. » (idem, p.157). C’est bien d’un tri­but dont il s’agit, c’est-à-dire d’une par­tie de la plus-value que le capi­tal extorque à l’ouvrier qui tombe dans la poche du pro­prié­taire fon­cier à qui sont rede­vables aussi l’artisan ou le petit patron.

En 1872, Engels avait écrit trois articles sur la ques­tion du loge­ment pour l’organe cen­tral du parti social-démocrate alle­mand, réunis en bro­chure en 1887 : La ques­tion du loge­ment (éd. Sociales).

« Le tra­vailleur se pré­sente devant l’épicier comme un ache­teur, c’est-à-dire comme quelqu’un pos­sé­dant de l’argent ou du cré­dit, donc nul­le­ment comme un tra­vailleur, c’est-à-dire comme quelqu’un ven­dant sa force de tra­vail. L’escroquerie peut certes le tou­cher, comme d’ailleurs toute la classe moins for­tu­née, plus dure­ment que les classes sociales aisées : elle n’est point un mal qui soit propre à sa classe. Il en est exac­te­ment de même pour la crise du loge­ment. L’extension des grandes villes modernes confère au ter­rain, dans cer­tains quar­tiers, sur­tout dans ceux situés au centre, une valeur arti­fi­cielle crois­sant par­fois dans d’énormes pro­por­tions (dans le cha­pitre « Rente sur les ter­rains à bâtir », Marx explique cette « valeur arti­fi­cielle » comme une variante de la rente dif­fé­ren­tielle qu’il nomme alors « prix de mono­pole » : Le Capi­tal, t.8, p.158) ; les construc­tions qui y sont édi­fiées, au lieu de rehaus­ser cette valeur, l’abaissent plu­tôt, parce qu’elles ne répondent plus aux condi­tions nou­velles ; on les démo­lit donc et on les rem­place par d’autres. Ceci a lieu sur­tout pour les loge­ments ouvriers qui sont situés au centre et dont le loyer, même dans les mai­sons sur­peu­plées, ne peut jamais, ou du moins avec une extrême len­teur, dépas­ser un cer­tain maxi­mum. On les démo­lit et à leur place on construit des bou­tiques, des grands maga­sins, des bâti­ments publics (Engels ne pou­vait pas pré­voir le rôle de tête de pont joué par les éta­blis­se­ments cultu­rels offi­ciels ou paral­lèles et une popu­la­tion pas tou­jours aisée mais à fort capi­tal cultu­rel avec ses asso­cia­tions et ses mani­fes­ta­tions de « défense du quar­tier » dans ces pro­ces­sus de « réno­va­tion urbaine », nda). (…) Il en résulte que les tra­vailleurs sont refou­lés du centre des villes vers la péri­phé­rie, que les loge­ments ouvriers, et d’une façon géné­rale les petits appar­te­ments deviennent rares et chers et que sou­vent même ils sont introu­vables ; car dans ces condi­tions, l’industrie du bâti­ment, pour qui les appar­te­ments à loyer élevé offrent à la spé­cu­la­tion un champ beau­coup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des loge­ments ouvriers.

« Cette crise de la loca­tion touche par consé­quent le tra­vailleur cer­tai­ne­ment plus dure­ment que toute autre classe plus aisée ; mais pas plus que l’escroquerie de l’épicier, elle ne consti­tue un mal pesant exclu­si­ve­ment sur la classe ouvrière (sou­li­gné par moi), et, dans la mesure où elle la concerne, elle ne peut man­quer de trou­ver éga­le­ment une cer­taine com­pen­sa­tion éco­no­mique, lorsqu’elle a atteint un cer­tain degré et une cer­taine durée (Engels expose plus loin que cela doit entraî­ner une aug­men­ta­tion du salaire, nda). Ce sont ces maux-là, com­muns à la classe ouvrière et à d’autres classes, par exemple à la petite bour­geoi­sie, aux­quels s’intéresse de pré­fé­rence le socia­lisme petit-bourgeois, dont fait par­tie Prou­dhon lui aussi. Et ce n’est ainsi nul­le­ment un hasard, si notre dis­ciple alle­mand de Prou­dhon s’empare avant tout de la ques­tion du loge­ment qui, nous l’avons vu, n’intéresse pas du tout la seule classe ouvrière à l’exclusion de toutes les autres, et s’il déclare au contraire que c’est une ques­tion qui la concerne véri­ta­ble­ment et exclusivement.

« “Le sala­rié est au capi­ta­liste ce que le loca­taire est au pro­prié­taire.” Ceci est com­plè­te­ment faux. Dans la ques­tion du loge­ment nous avons, en face l’une de l’autre, deux par­ties : le loca­taire et le logeur ou pro­prié­taire. Le pre­mier veut ache­ter au second l’usage tem­po­raire d’un loge­ment ; il a de l’argent ou du cré­dit (…). Il s’agit là d’une simple vente de mar­chan­dise, non d’une affaire entre pro­lé­taire et bour­geois, entre ouvrier et capi­ta­liste ; le loca­taire – même s’il est ouvrier – se pré­sente comme un homme qui a de l’argent (sou­li­gné dans le texte) ; il faut qu’il ait déjà vendu la mar­chan­dise qu’il pos­sède en propre, sa force de tra­vail, avant de se pré­sen­ter, avec le prix qu’il en a retiré, comme acqué­reur de la jouis­sance d’un appar­te­ment – ou bien il doit pou­voir garan­tir la future vente de cette force de tra­vail. Tout ce qui carac­té­rise la vente de la force de tra­vail au capi­ta­liste manque ici tota­le­ment. (…) Il y a donc ici (dans le rap­port de l’ouvrier au capi­ta­liste, nda) pro­duc­tion d’une valeur excé­den­taire ; la somme totale de la valeur exis­tante se trouve aug­men­tée. Il en va tout autre­ment dans une loca­tion de loge­ment. Quels que soient les avan­tages exor­bi­tants que le pro­prié­taire tire du loca­taire, il n’y a jamais ici que le trans­fert d’une valeur déjà exis­tante, pro­duite aupa­ra­vant ; la somme totale des valeurs pos­sé­dées ensemble par le loca­taire et son logeur reste la même après comme avant. (…) C’est donc défor­mer com­plè­te­ment les rap­ports entre loca­taires et logeurs que vou­loir les iden­ti­fier à ceux qui existent entre tra­vailleurs et capi­ta­listes. Bien au contraire nous avons affaire ici à une tran­sac­tion com­mer­ciale du type cou­rant, entre deux citoyens, et elle s’effectue selon les lois éco­no­miques qui règlent la vente des mar­chan­dises en géné­ral et, en par­ti­cu­lier, celle de cette mar­chan­dise qu’est la pro­priété fon­cière. » (Engels, op. cit., pp. 23−24−25).

Ce qu’Engels écrit à pro­pos du loca­taire et du logeur, nous pou­vons l’étendre au rap­port du contri­buable à l’Etat à pro­pos des ser­vices publics. Il est évident que le pro­lé­taire, expulsé du centre ville ou vivant dans une favela décon­nec­tée des réseaux, souf­frira plus que le bour­geois qui peut se payer des ser­vices pri­vés ou avoir les moyens per­son­nels de sup­pléer au manque ou à la décré­pi­tude des ser­vices publics, mais dans la cou­leur ter­ri­to­riale que prend alors sa révolte, le rap­port social dans lequel il est engagé n’est pas le rap­port de l’ouvrier au capi­ta­liste, mais du contri­buable à l’Etat, du consom­ma­teur aux ser­vices publics. C’est comme l’écrit Engels une « tran­sac­tion com­mer­ciale du type cou­rant » même si le pro­lé­taire a l’impression par­fai­te­ment jus­ti­fiée d’avoir été escro­qué. La ter­ri­to­ria­li­sa­tion de la révolte est néces­sai­re­ment inter­clas­siste (comme le sou­ligne Engels en par­lant d’ « échanges mar­chands ») mais l’interclassisme n’est pas en soi, par défi­ni­tion, une « tare » de la lutte des classes, il peut être une ten­sion à son dépas­se­ment, tout dépend de l’instance qui le for­ma­lise, elle-même dépen­dante des condi­tions éco­no­miques, sociales et his­to­riques de l’irruption des contra­dic­tions entre les classes, donc de leur exis­tence réelle.

Le rap­port social qui struc­ture la lutte et défi­nit les enjeux n’est pas le capi­tal ou le tra­vail sala­rié mais la pro­priété fon­cière régis­sant l’aménagement de l’espace. L’interclassisme est le symp­tôme de ce rap­port social de pro­duc­tion, il dif­fère en cela de ce qu’il est comme déve­lop­pe­ment des rap­ports sociaux de pro­duc­tion que sont le capi­tal ou le tra­vail sala­rié pour les­quels il peut être comme ne pas être. Ici, avec la pro­priété fon­cière, il est néces­saire. Parce que c’est la pro­priété fon­cière qui les struc­ture et se pose elle-même comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes engen­drée par l’aménagement du ter­ri­toire portent sur un rap­port de pro­duc­tion « second ». Ce carac­tère « second » mani­feste son essence propre en orga­ni­sant les luttes autour du revenu et des rap­ports d’échange. Pour la classe ouvrière, cette lutte est une lutte sur ses condi­tions de repro­duc­tion : il est vrai que « le pou­voir immense de la pro­priété fon­cière lui per­met d’empêcher en fait les ouvriers en lutte pour leur salaire, pra­ti­que­ment d’élire domi­cile sur terre. Une par­tie de la société exige de l’autre qu’elle lui paie dans ce cas un tri­but pour avoir le droit d’habiter la terre » (Marx, op. cit., p.156). Et, en consé­quence, un tri­but pour cir­cu­ler sur terre. Mais le sta­tut même de la pro­priété fon­cière qui struc­ture la lutte (de par les propres objec­tifs et reven­di­ca­tions de cette lutte) fait que cette repro­duc­tion de la force de tra­vail est désar­ti­cu­lée (auto­no­mi­sée) de la valo­ri­sa­tion, la lutte est figée au niveau des reve­nus et des rap­ports inhé­rents aux échanges mar­chands « du type courant ».

Donc une reven­di­ca­tion éco­no­mique où le salaire n’est qu’un rap­port de dis­tri­bu­tion (bien sûr injuste) et corol­lai­re­ment le mode de pro­duc­tion est occulté, réduit au détour­ne­ment du tra­vail du peuple (qui n’est rien d’autre que la somme des indi­vi­dus telle que leur acti­vité engendre un revenu, cha­cun ayant sa source propre, cha­cun contri­buant à la richesse géné­rale de par la valeur d’usage de son acti­vité ou de son pro­duit, le mar­gi­na­lisme est l’économie poli­tique du peuple) par la finance et les grandes entre­prises, plus pré­ci­sé­ment leurs patrons (voir Appel de St Nazaire). En résumé d’étape : une reven­di­ca­tion éco­no­mique à « âme poli­tique » (Une séquence par­ti­cu­lière explique le phénomène)

Mais c’est pré­ci­sé­ment là que les choses se com­pliquent. Il ya ceux qui ne voient là-dedans que du « nau­séa­bond », et ceux qui « en sont » pourvu que « ça bloque », comme ils en « auraient été » le 6 février 1934 pourvu qu’on attaque la Chambre des dépu­tés. Puisque c’est seule­ment de reve­nus dont il s’agit, les rap­ports de dis­tri­bu­tion, le salaire comme revenu font que les sala­riés se retrouvent eux-mêmes confon­dus et ame­nés à côtoyer d’autres sources de reve­nus (arti­sans, petits patrons) subis­sant, bien que de façon dif­fé­rente quan­ti­ta­ti­ve­ment et qua­li­ta­ti­ve­ment (achats des biens de sub­sis­tance ou renou­vel­le­ment et exten­sion des biens de pro­duc­tion appe­lés « outils de tra­vail ») ;. Dans le cha­pitre inti­tulé La for­mule tri­ni­taire, après avoir rap­pelé la mys­ti­fi­ca­tion inhé­rente à toute pro­duc­tion mar­chande (p.204), Marx sou­ligne qu’avec le MPC « cet uni­vers magique et ren­versé connaît d’autres déve­lop­pe­ments encore » (p.205). Cepen­dant, il apporte immé­dia­te­ment une res­tric­tion : « Si l’on consi­dère d’abord le capi­tal dans le pro­cès de pro­duc­tion immé­diat – en sa qua­lité de sou­ti­reur de sur­tra­vail, ce rap­port y est encore très simple et les liens internes réels du phé­no­mène s’imposent aux agents de ce pro­cès, aux capi­ta­listes, qui ont conscience de ces liens. Une preuve frap­pante en est la lutte vio­lente au sujet des limites de la jour­née de tra­vail. » (ibid). Il est à noter que Marx prend ici comme exemple la jour­née de tra­vail et non les luttes sur le salaire, vis-à-vis des­quelles il a tou­jours une posi­tion très cri­tique. Non pas qu’il soit contre (cf. la polé­mique avec Prou­dhon dans Misère de la Phi­lo­so­phie), « cri­tique » au sens où il en sou­ligne tou­jours le carac­tère éter­nel­le­ment recom­mencé car contrainte par la loi de la valeur de la force de tra­vail et fina­le­ment la fai­sant res­pec­ter (cf. les confé­rences devant l’AIT : Salaire, prix et pro­fit – 1865).

Reve­nons à la « com­plexi­fi­ca­tion des choses » : les rap­ports de dis­tri­bu­tion ne sont que « l’envers des rap­ports de pro­duc­tion », les deux « niveaux » ne sont pas dans une situa­tion (rela­tion) d’exclusion réci­proque, mais fonc­tionnent dans ce que l’on peut appe­ler un « jeu dia­lec­tique » : les uns se réflé­chis­sant dans les autres (cf. TC 25 Se posi­tion­ner : rap­ports de pro­duc­tion et rap­ports de dis­tri­bu­tion, p. 59).

Sur les rap­ports de dis­tri­bu­tion se construit une dis­tinc­tion entre pauvres et riches, dis­tinc­tion qui ne remet pas en cause l’origine et la sub­stance de la richesse : valeur et plus-value. Entre riches et pauvres (ceux qui voyagent en jet prive et ceux qui ne peuvent pas faire le plein), la ques­tion de la répar­ti­tion n’est pas liée à la sub­stance même de la richesse. Les rap­ports de dis­tri­bu­tion c’est la rela­tion féti­chiste des reve­nus à leur source. Le tra­vail n’est plus relié qu’à une cer­taine frac­tion de la valeur produite.

Dans les mou­ve­ments tels que celui des gilets jaunes, il faut appro­cher la « ligne de par­tage » déli­mi­tant dans quelle mesure d’une part, les rap­ports de dis­tri­bu­tion se dési­gnent comme envers des rap­ports de pro­duc­tion et, d’autre part, dans quelle mesure ils s’absolutisent eux-mêmes comme la tota­lité de la réa­lité sociale. Cette abso­lu­ti­sa­tion et ce qu’elle implique poli­ti­que­ment et cultu­rel­le­ment ne va pas de soi, l’envers est tou­jours présent.

A l’origine des gilets jaunes, ce n’est pas un fol opti­misme ni une pro­pen­sion acti­viste que d’envisager que la « ligne de par­tage » se situe entre d’une part, un tra­vail social et poli­tique qui non seule­ment enté­rine le fait mais encore érige et pro­meut les rap­ports de dis­tri­bu­tion comme pôle absolu et, d’autre part, des luttes, des pra­tiques qui dési­gnent les rap­ports de dis­tri­bu­tion pré­ci­sé­ment comme « l’envers des rap­ports de pro­duc­tion », c’est-à-dire qui se situent dans la réflexi­vité. Tout en sachant qu’il peut y avoir de nom­breuses situa­tions inter­mé­diaires. La dis­tinc­tion peut tra­ver­ser une même pra­tique et/ou un même groupe social (sub­di­vi­sions de classe). Dans une lutte, elle peut être syn­chro­nique ou diachronique.

Si ce n’est sur inter­net et sous pseudo, qui va aller dire à l’ouvrier retraité de la sidé­rur­gie et à sa femme employée de col­lec­ti­vi­tés qui ne bouclent pas leurs fins de mois et aident un peu leurs enfants au chô­mage qu’ils sont « nau­séa­bonds » ? Il faut dis­tin­guer ce qui fait indi­vi­duel­le­ment la pré­sence impor­tante d’ouvriers, retrai­tés, employés (pro­por­tion­nel­le­ment car en chiffres abso­lus les ras­sem­ble­ments et mani­fes­ta­tions sont réduits) et la confi­gu­ra­tion d’ensemble que construit, dans le contexte actuel, leur mobi­li­sa­tion. Il faut dis­tin­guer les moti­va­tions de cette pré­sence et le dis­cours poli­tique qui en découle. C’est pré­ci­sé­ment en les dis­tin­guant que l’on com­prend la néces­sité de ce dis­cours à par­tir de ces moti­va­tions. La trans­mu­ta­tion poli­tique avec tout ce qui l’accompagne s’impose indé­pen­dam­ment de la volonté indi­vi­duelle de chaque par­ti­ci­pant, c’est leur com­mu­nauté indé­pen­dante d’eux qui existe ainsi de par leur pré­sence et leurs moti­va­tions mêmes. Il faut encore pré­ci­ser que dans un mou­ve­ment dis­pa­rate comme celui-ci, cette « indé­pen­dance » (j’ajoute ici expres­sé­ment des guille­mets) trouve dans une frac­tion du mou­ve­ment ses repré­sen­tants et incarnation.

C’est par cette « indé­pen­dance » que l’absolutisation passe par la décli­nai­son de toutes les recons­truc­tions idéo­lo­giques décou­lant des rap­ports de dis­tri­bu­tion dont les prin­ci­pales mani­fes­ta­tions sont bien décrites et arti­cu­lées dans Une séquence par­ti­cu­lière. Nous ne nous éten­drons pas plus. Dans le second cas, la reven­di­ca­tion contre l’injustice, la pau­vreté, l’Etat déna­tio­na­lisé, dési­gne­rait les rap­ports de pro­duc­tion à l’intérieur même de la façon dont les rap­ports de dis­tri­bu­tion sont atta­qués. Et, il est impos­sible de dire que dans les mobi­li­sa­tions des gilets jaunes la chose est absente.

Il est exact que ce sont tou­jours les rap­ports de dis­tri­bu­tion qui sont au devant, en pre­miers, parce que les indi­vi­dus partent tou­jours de leur exis­tence. C’est vrai, les indi­vi­dus partent de leur vie quo­ti­dienne, de leurs reve­nus, c’est-à-dire des rap­ports de dis­tri­bu­tion, du féti­chisme vécu comme un « des­tin ». Mais est-ce que les rap­ports de pro­duc­tion sont for­cé­ment très loin de cela ? Il y a tou­jours jeu et non dicho­to­mie entre rap­ports de pro­duc­tion et rap­ports de distribution.

Parmi les gilets jaunes, la lutte contre l’injustice de la dis­tri­bu­tion s’est arti­cu­lée avec les rap­ports de pro­duc­tion. Comme com­pré­hen­sion de soi et de cette injus­tice, consciem­ment ou non, dans la pra­tique, dans les formes de son modus ope­randi peu contrôlé. Dans le Vau­cluse, Cha­len­çon, le porte parole, lui-même petit patron d’une forge avec deux sala­riés, s’est déso­li­da­risé dès le dimanche soir (18 novembre) de la pour­suite des blo­cages en semaine … avant de se reprendre dès le len­de­main. Cette lutte contre l’injustice de la « dis­tri­bu­tion des pro­duits » s’est reliée aux rap­ports de pro­duc­tion en met­tant en avant la « dis­tri­bu­tion des élé­ments de pro­duc­tion » : l’absence de pro­priété, absence de moyens de pro­duc­tion, la dépen­dance vis-à-vis de l’emploi dépen­dant de la mobi­lité, la pau­vreté et l’assignation ter­ri­to­riale (le cré­dit de la mai­son ou de l’appartement deve­nus inven­dables quand l’entreprise qui struc­tu­rait la zone a fermé ou s’est délocalisée).

« Aux yeux de l’individu, la dis­tri­bu­tion (il s’agit à la fois de la dis­tri­bu­tion des pro­duits et de la dis­tri­bu­tion des ins­tru­ments de pro­duc­tion, Marx vient de défi­nir les deux comme corol­laires) appa­raît tout natu­rel­le­ment comme une loi sociale qui fixe sa posi­tion au sein de la pro­duc­tion (nous y voilà !), c’est-à-dire le cadre dans lequel il pro­duit : elle pré­cède donc la pro­duc­tion (atten­tion : “aux yeux de l’individu”, mais jus­te­ment à par­tir des rap­ports de dis­tri­bu­tion et de leur injus­tice c’est le point de départ). L’individu n’a ni capi­tal ni pro­priété fon­cière de par sa nais­sance : en venant au monde, il est voué au tra­vail sala­rié par la dis­tri­bu­tion sociale. » (Marx, Intro­duc­tion de 1857). C’est essen­tiel­le­ment à par­tir de la révolte contre l’injustice, au tra­vers de cette forme de la dis­tri­bu­tion (des ins­tru­ments de pro­duc­tion) liée à la dis­tri­bu­tion des pro­duits (reve­nus) que le jeu entre rap­ports de pro­duc­tion et rap­ports de dis­tri­bu­tion peut être impac­ter de façon dyna­mique selon les cir­cons­tances his­to­riques et locales. Une pro­tes­ta­tion contre l’utilisation de l’argent public, contre le peu d’investissement dans un quar­tier ou un « ter­ri­toire », peut éta­blir une rela­tion dyna­mique dans le jeu entre rap­ports de dis­tri­bu­tion et rap­ports de pro­duc­tion car c’est le rap­port tra­vail néces­saire / sur­tra­vail qui est en jeu (voir Marx, Le Capi­tal, éd. Sociales, t.8, p.24, com­men­tée TC 25, p.67).

Dif­fé­rentes ten­dances peuvent se croi­ser dans un même mou­ve­ment, se com­battre ou s’ignorer. Dans ce jeu, toutes sortes de cir­cons­tances peuvent inter­ve­nir, mais ce qu’il faut défi­nir c’est sur quelle matière celles-ci inter­viennent. Il faut non seule­ment que cette matière soit sus­cep­tible d’être « dyna­mi­sée », mais encore il faut que ce soit cette matière elle-même qui déter­mi­nant la spé­ci­fi­cité pré­sente de la crise, déter­mine les rela­tions de classes qui vont la « dyna­mi­ser » ou inver­se­ment « l’absolutiser ». Entre l’absolutisation et la réflexi­vité, il ya tou­jours une ten­dance qui prend le des­sus et ce dès la nais­sance d’un mou­ve­ment de par ce qui consti­tue sa carac­té­ris­tique cen­trale. Pour les gilets jaunes, ce fut la trans­mu­ta­tion poli­tique de la reven­di­ca­tion éco­no­mique qui a assuré la vic­toire de l’absolutisation, trans­mu­ta­tion qui contient alors toutes les déter­mi­na­tions égre­nées dans Une séquence par­ti­cu­lière : de la valeur tra­vail à l’authenticité popu­laire. La réflexi­vité fut immé­dia­te­ment absor­bée comme moment de l’absolu des rap­ports de dis­tri­bu­tion avec sa for­ma­li­sa­tion poli­tique. La toute petite bour­geoi­sie (je n’écris pas « classes moyennes ») pou­vait alors dans le mou­ve­ment, au nom du peuple et de ce qui s’en suit, être hégé­mo­nique, c’est-à-dire fixer le cadre géné­ral de la reven­di­ca­tion et celui des conflits (et de leurs termes) pou­vant inter­ve­nir au sein même du mou­ve­ment. Paro­diant Hegel (Prin­cipes de la phi­lo­so­phie du droit, § 297), on peut écrire qu’elle deve­nait « l’intelligence culti­vée et la conscience légale (juri­dique) de la masse du peuple ».

C’est para­doxa­le­ment là où, atta­quant l’Etat, le mou­ve­ment appa­raît comme le plus « radi­cal » qu’il se défi­nit et se limite comme le peuple. Il ne s’agirait plus que de rame­ner l’Etat dans le peuple (à ce pro­pos, Marx, Cri­tique de la phi­lo­so­phie de l’Etat de Hegel, éd. Costes, pp. 240 – 241). Ce fai­sant ce n’est pas dans les rap­ports sociaux qui font qu’il y a Etat que sont pré­sen­tées les causes de « l’injustice », mais dans une forme poli­tique déter­mi­née (la mau­vaise repré­sen­ta­ti­vité, les élites, l’énarchie …) qu’il s’agit de rem­pla­cer par une autre. Face au peuple deve­nant direc­te­ment Etat, la cri­tique démo­cra­tique du popu­lisme n’est pas chose aisée. Pierre Rosan­val­lon fai­sait remar­quer, il y a déjà quelques années : « Nous avons besoin de pou­voir faire phi­lo­so­phi­que­ment une cri­tique démo­cra­tique du popu­lisme. Ce qui est en cause, pour faire vite, dans une pers­pec­tive popu­liste, c’est une vision extrê­me­ment pauvre de la démo­cra­tie, une vision pri­mi­tive de la volonté géné­rale. Le popu­lisme consi­dère que l’énergie sociale est en per­ma­nence étouf­fée par les élites, étouf­fée par les appa­reils, étouf­fée par les par­tis, étouf­fée par les ins­ti­tu­tions. C’est une vision très dis­cu­table de la démo­cra­tie. La démo­cra­tie ce n’est pas sim­ple­ment l’enregistrement pas­sif des volon­tés, c’est la construc­tion du vivre ensemble. La volonté com­mune n’est pas don­née au point de départ. Elle se construit dans le débat et la déli­bé­ra­tion. C’est sur cette base que l’on peut faire une cri­tique métho­do­lo­gique, phi­lo­so­phique du popu­lisme. Il n’y a pas un “ déjà là “de la volonté géné­rale, un “ déjà là “de l’énergie sociale. (…). Si l’on a une vision déci­sion­niste de la démo­cra­tie, on ne peut pas faire la dif­fé­rence entre popu­lisme et démo­cra­tie. » (Pierre Rosan­val­lon, le Monde du 14 décembre 1993.) La démo­cra­tie a un pro­blème avec le popu­lisme. Disons seule­ment que la « volonté géné­rale » est une réa­lité, ce sont tou­jours les inté­rêts de la classe domi­nante qui se font valoir comme inté­rêts géné­raux, la démo­cra­tie, dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, est le pro­ces­sus le plus adé­quat de ce « faire valoir » et ce pour les rai­sons même qu’énonce Rosanvallon.

La repré­sen­ta­tion paci­fiée en « volonté géné­rale » d’une société recon­nue comme néces­sai­re­ment conflic­tuelle (c’est là toute la force de la démo­cra­tie) est un tra­vail et non un reflet. C’est-à-dire que dans le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique de l’Etat, la réi­fi­ca­tion et le féti­chisme sont des acti­vi­tés, c’est la poli­tique comme par­tis, débats, déli­bé­ra­tions, rap­ports de force dans la sphère spé­ci­fique de la société civile, déci­sions. La démo­cra­tie semble inexo­ra­ble­ment deve­nir popu­liste parce que c’est le tra­vail de repré­sen­ta­tion qui est en crise. Par­tout c’est la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière et par là de sa repré­sen­ta­tion poli­tique social-démocrate et/ou com­mu­niste qui désta­bi­lise le fon­de­ment poli­tique de l’Etat démo­cra­tique. Celui-ci est la paci­fi­ca­tion d’un cli­vage social que la démo­cra­tie recon­naît comme réel au moment où elle en est la repré­sen­ta­tion comme affron­te­ment entre citoyens. Contrai­re­ment au popu­lisme, la démo­cra­tie est la recon­nais­sance du carac­tère irré­duc­ti­ble­ment conflic­tuel de la « com­mu­nauté natio­nale », de ce point de vue la recon­nais­sance de la classe ouvrière a été his­to­ri­que­ment au cœur de la construc­tion de la démo­cra­tie, elle en fut même le moteur et le cri­tère. Dans les formes poli­tiques actuelles du cours de la crise, on peut rele­ver une crise de l’hégémonie de la classe capi­ta­liste. Domi­na­tion et hégé­mo­nie ne sont pas iden­tiques, il peut y avoir domi­na­tion sans hégé­mo­nie (Gram­sci). L’hégémonie consiste à pro­duire le cadre incon­tour­nable des débats et des oppo­si­tions, c’est impo­ser à l’autre les termes mêmes de son oppo­si­tion. Le pro­ces­sus de deve­nir hégé­mo­nique de la bour­geoi­sie fut très long à s’achever en France, on peut dire qu’il n’arrive à terme qu’avec la troi­sième Répu­blique, il s’effondre actuel­le­ment. Ce qui est loin de signi­fier ipso facto l’émergence d’une dis­cours révo­lu­tion­naire par­lant sa langue propre, c’est plu­tôt un puzzle, un émiet­te­ment qui occupe la place de l’hégémonie, émiet­te­ment que le peuple vient sub­su­mer et couronner.

Avec les gilets jaunes, c’est dans la poli­tique et la cri­tique de l’Etat actuel que sont abso­lu­ti­sés les rap­ports de dis­tri­bu­tion avec leur cor­tège idéologique.

C’est fina­le­ment tou­jours sur la ques­tion du « plan­cher de verre » que butte cette dia­lec­tique entre rap­ports de pro­duc­tion et rap­ports de dis­tri­bu­tion. Dans le cours du mou­ve­ment avait lieu à Car­pen­tras et à Mon­teux une grève sala­riale sur deux sites de Mc Cor­mick (Ducros et Vahiné). Sur une photo publiée dans La Pro­vence (20 novembre 2018), sous la ban­de­role « usines en grève », de nom­breux gré­vistes portent le gilet jaune. Sans tom­ber dans une sur­va­lo­ri­sa­tion des « luttes d’usine », actuel­le­ment la domi­na­tion des rap­ports de dis­tri­bu­tion est non seule­ment, comme tou­jours, le fait que c’est l’ « illu­sion néces­saire dans laquelle nous vivons », mais encore tient aux condi­tions de la crise et au dérou­le­ment, du moins en occi­dent, des « grands mou­ve­ments sociaux » que nous avons eu ces der­nières années et au « plan­cher de verre » qui leur est lié (leur inca­pa­cité à péné­trer les lieux de pro­duc­tion). De même que le mou­ve­ment des gilets jaunes ne pou­vait par nature péné­trer les lieux de la pro­duc­tion, de même le ral­lie­ment ouvrier au mou­ve­ment ne pou­vait être que sym­bo­lique (c’est en pas­sant au niveau de la repro­duc­tion qu’une lutte reven­di­ca­tive peut se remettre en cause en tant que telle). Sym­bo­lique mais exis­tant. Seuls les révo­lu­tion­naires pro­fes­sion­nels se pré­ci­pitent tête bais­sée sur n’importe quel blo­cage, voyant la dyna­mique révo­lu­tion­naire à l’œuvre dans tout ce qui bouge ou, inver­se­ment, sachant ce qu’est la révo­lu­tion com­mu­niste de ses débuts à sa fin se bouchent le nez quand les cases de leur tableau à double entrée ne sont pas toutes cochées.

Le pékin moyen (entre autres rédac­teurs et/ou lec­teurs de Théo­rie Com­mu­niste), sait que les fins de mois sont dif­fi­ciles, que les salaires ne bougent pas, que la pres­sion fis­cale aug­mente, que les défi­cits publics ont été sciem­ment creu­sés depuis trente ans, que tout s’est accé­léré quand la dette publique a explosé à par­tir de 2008 pour ren­flouer le sys­tème finan­cier et que main­te­nant il faut épon­ger. Le pékin moyen le sait, alors, selon les cir­cons­tances, il se tourne contre son patron (Mc Cor­mick a lâché 80 Euros mini­mum d’augmentation à ses sala­riés de Mon­teux et Car­pen­tras) et/ou contre l’Etat, trou­vant de moins en moins que payer l’impôt est un « acte citoyen » (son­dage du Monde du 23 novembre 2018). Et si, comme il s’avère main­te­nant, tous les coor­don­na­teurs dépar­te­men­taux qui se concertent à Paris (ven­dredi 23 novembre) ont des allures et des têtes de petits patrons, le pékin moyen qui n’est pas un imbé­cile s’en aper­ce­vra … ou non. « Ou non » ? C’est la ques­tion. Les pres­sions objec­tives qui embarquent tout le monde sur la ques­tion du revenu, du peuple, de la légi­ti­mité de l’Etat ne sont pas des « manœuvres », elles sont actuel­le­ment fortes et résultent de la nature même de la crise depuis 2008. Quelle que soit sa com­po­si­tion sociale le mou­ve­ment des gilets jaunes ne peut y échap­per d’autant plus qu’il s’y reconnaît.

Chris­tophe Cha­len­çon, porte-parole des gilets jaunes dans le Vau­cluse (dépar­te­ment par­ti­cu­liè­re­ment actif) pro­cla­mait sur une vidéo tour­née sur un point de blo­cage dimanche 18 : « nous avons lancé un mou­ve­ment pla­né­taire ». S’il exa­gé­rait légè­re­ment, l’Appel de St Nazaire se réclame « seule­ment » d’une « vague euro­péenne » de réveil des peuples, on sait que c’est là le dis­cours de Marine Le Pen, de Vic­tor Orban, des mani­fes­tants de Chem­nitz, etc.

Dans la crise telle qu’elle se déve­loppe main­te­nant comme crise de la mon­dia­li­sa­tion (voir Trump), cette crise de la mon­dia­li­sa­tion est une crise de ce qui en consti­tuait le cœur : la double décon­nexion (voir Reven­di­quer pour le salaire, TC 22, p.135 et TC 22, le cha­pitre sur la mon­dia­li­sa­tion in « La restruc­tu­ra­tion telle qu’en elle-même »). Les linéa­ments d’une pos­sible restruc­tu­ra­tion (qui s’effectuera réel­le­ment comme d’habitude dans l’affrontement entre la classe capi­ta­liste et le pro­lé­ta­riat sur les moda­li­tés de l’exploitation, de l’extraction de sur­tra­vail) passent pour l’instant par le conflit avec les mou­ve­ments popu­laires plus ou moins natio­na­listes sur les thèmes de la répar­ti­tion du revenu, de la famille, des valeurs, de la citoyen­neté (pour une fois, si l’histoire se répète tou­jours deux fois, la farce aura pré­cédé la tra­gé­die). La double décon­nexion est au cœur du moment pré­sent de la crise de la mondialisation.

C’est cela que mani­festent des mou­ve­ments comme celui des gilets jaunes, mais tant que la crise de la mon­dia­li­sa­tion se dérou­lera ainsi ce n’est que la dyna­mique conflic­tuelle de la restruc­tu­ra­tion (au moins ses linéa­ments) qui est à l’œuvre. Rien d’autre. Même si de telles oppo­si­tions ne doivent pas être sous-estimées (cf. Tsi­pras et Bruxelles : La ciga­rette sans cra­vate, le cha­pitre Syriza et les ins­ti­tu­tions un affron­te­ment non feint, p.67 et prin­ci­pa­le­ment p.70, sur le même thème atten­dons la suite de la confron­ta­tion entre l’UE et l’Italie), le capi­tal est pré­sent des deux côtés et reste l’avenir du monde.

23 novembre 2018

2 Commentaires

  • Vlad2
    29 novembre 2018 - 13 h 27 min | Permalien

    Un début de réflexion au présent ?

    Classes d’encadrement et pro­lé­taires dans le « mou­ve­ment des gilets jaunes »
    mer­credi 28 novembre 2018, par ano­nyme (Date de rédac­tion anté­rieure : 28 novembre 2018).

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article2519

    https://agitationautonome.com/2018/11/25/classes-dencadrement-et-proletaires-dans-le-mouvement-des-gilets-jaunes/

    Com­prendre les Gilets Jaunes (et les enjeux poli­tiques qui vont avec)

    https://danslanebuleuse.fr/2018/11/28/comprendre-les-gilets-jaunes-et-les-enjeux-politiques-qui-vont-avec/

    mer­credi 28 novembre 2018
    TROP TARD MACRON POUR RECYCLER LE MOUVEMENT SOCIAL EN « ECOLOGIE POPULAIRE » !

    « Enfer­mée dans une pos­ture de supé­rio­rité morale, la classe domi­nante a balayé d’un revers de main tout diag­nos­tic du monde d’en bas ». Chris­tophe Guilluy (No society p.149)

    https://proletariatuniversel.blogspot.com/2018/11/trop-tard-macron-pour-recycler-le.html

    Ques­tions pour ceux qui luttent face aux CRS :
    Mai­son du Peuple de Saint-Nazaire et alentours

    https://www.facebook.com/Maison-du-Peuple-de-Saint-Nazaire-et-alentours-272152786819209/

    Les stations-service euro­péennes hors du die­sel: la grève d’une raf­fi­ne­rie fran­çaise aggrave la crise

    par Tyler Dur­den
    Mer., 28/11/2018 — 22:44

    Écrit par Mike Shed­lock via MishTalk,

    Le die­sel est rare en Europe. La situa­tion est sur le point de se dégra­der avec la fer­me­ture de la plus grande raf­fi­ne­rie française.

    Bloom­berg rap­porte que les ennuis du die­sel en Europe s’aggravent alors qu’une grève stoppe la raf­fi­ne­rie de pétrole française .

    Total SA, le plus grand raf­fi­neur de France, est sur le point de fer­mer sa plus grande usine du pays, Gon­fre­ville, une cen­trale de 247 000 barils par jour en Nor­man­die, en rai­son d’un conflit de tra­vail, a déclaré mardi un porte-parole de la société. À quelques cen­taines de kilo­mètres, aux Pays-Bas, les stations-service de ravi­taille­ment se font rares en rai­son des contraintes d’expédition sur le Rhin, selon Royal Dutch Shell Plc.

    Le 20 novembre, Shell avait annoncé une réduc­tion de la pro­duc­tion sur son site de raf­fi­nage de Rhein­land, le plus grand com­plexe de ce type en Alle­magne, en rai­son des faibles niveaux d’eau du Rhin. Dans un tweet mardi, la société a déclaré qu’elle était tem­po­rai­re­ment inca­pable de four­nir des stations-service sans per­son­nel aux Pays-Bas.

    Les stations-service alle­mandes étaient déjà à sec en rai­son de la situa­tion sur le Rhin, un impor­tant cou­loir de trans­port de pro­duits pétro­liers qui relie les Alpes suisses au nord-ouest jusqu’aux Pays-Bas. La Suisse a libéré des stocks de car­bu­rant d’urgence en rai­son de la situa­tion sur le fleuve.

    La prime par baril de die­sel sur le Brent — un autre indi­ca­teur de la vigueur du mar­ché — s’est éta­blie à 15,96 dol­lars mardi, le plus élevé de la période de l’année en six ans……

    https://www.zerohedge.com/news/2018 – 11-28/european-gas-stations-out-diesel-french-refinery-strike-deepens-crisis

    29 novembre 2018

    VISITES DE LA POLICE ET DU FISC À LA GLORIEUSE DEUTSCHE BANK, LA FRANCE N’A RIEN COMPRIS!

    La glo­rieuse Deusche Bank de la glo­rieuse Alle­magne devant la quelle nous sommes à genoux 24H sur 24 est à l’agonie sous tous les aspects. Elle ne vaut plus rien Bourse, elle n’est plus reca­pi­ta­li­sable, on refuse ses dettes, ses CDS sont dila­tés, sa signa­ture sur les mar­chés de déri­vés est consi­dé­rée comme douteuse.

    La DB est l’enfant malade du sys­tème alle­mand, atteint d’un can­cer et sa mala­die n’est pas can­ton­née. La DB c’est l’Allemagne, c’est son talon d’Achille et le gou­ver­ne­ment fran­çais ne le com­prend pas et le l’utilise pas.

    Ce gou­ver­nemnt n’a rien com­pris aux rela­tions entre pays: elles sont fon­dées sur la force et le chan­tage, c’est ce que fait l’Allemagne et au lieu de faire comme elle le gou­ver­ne­ment fran­çais réagit comme un gamin , il se couche.

    Le lien enrte la DB et son sou­ve­rain est évident et per­sonne n’ose déplaire à l’Allemagne et tra­cer ce lien: en cas de défaillance de la DB, le bud­get , l’endettement et la situa­tion finan­cière de la Grande Alle­magne implose. C’est l’Allemagne qui a besoin de l’aide de ses voi­sins, eh oui!

    Macron n’a pas l’étoffe c’est évident ; il a l’étoffe vis a vis des plus faibles qu’il méprise et mar­ty­rise mais il n’a pas l’étoffe pour affron­ter le colosse aux pieds d’argile qu’est l’Allemagne.

    La situa­tion de la DB avec le risque poten­tiel pour l’Allemagne est bien plus grave que la situa­tion des banques ita­liennes vis a vis de leur sou­ve­rain, c’est cela que Macron ne com­prend pas.

    L’Allemagne n’est pas en posi­tion de don­ner des leçons à qui que ce soit , d’ailleurs on ne le dit pas mais Mer­kel est cou­chée à lon­gueur de jour­née devant Trump, elle crève de peur de lui déplaire car elle sait que sa DB et son sec­teur auto peuvent tom­ber d’une piche­nette.
    Mer­kel est une bau­druche et Macron au lieu d ‘être lucide et de le voir et d’en tenir compte pré­fère ter­ro­ri­ser son peuple.

    https://brunobertez.com/2018/11/29/visites-de-la-police-et-du-fisc-a-la-glorieuse-deutsche-bank-la-france-na-rien-compris/

  • 29 novembre 2018 - 16 h 46 min | Permalien

    Voir la cri­tique de ce texte sur le site de Pat­loch:
    http://patlotch.forumactif.com/t92-gilets-jaunes-couleurs-d-une-colere-sociale#364

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