Note sur le mou­ve­ment des gilets jaunes

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A pro­pos du popu­lisme et de la « crise de la démocratie »

Extraits de M. Le Pen et la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière

(TC 18, février 2003)

  • Pages 176 – 177

(cette défi­ni­tion du popu­lisme est reprise avec quelques modi­fi­ca­tions dans Théo Cosme, De la poli­tique en Iran, éd Seno­ne­vero, 2010, pp.69 – 70)

Le popu­lisme

Le popu­lisme se défi­nit essen­tiel­le­ment comme la volonté d’abolition, dans la poli­tique, de la dis­tinc­tion entre société et poli­tique. Contre la démo­cra­tie, le popu­lisme refuse de recon­naître comme irré­duc­tibles les contra­dic­tions et les scis­sions de la société, et d’accepter leur paci­fi­ca­tion dans l’État par la média­tion du citoyen. Pour le popu­lisme, la société est une com­mu­nauté direc­te­ment prise en charge et repré­sen­tée en tant que telle dans l’État. La com­mu­nauté, c’est le peuple contre les classes sociales d’un côté et contre le citoyen de l’autre. Cepen­dant ce peuple comme com­mu­nauté n’est pas un état, un donné, il doit être construit par la réuni­fi­ca­tion, la récon­ci­lia­tion, de ce qui a été séparé, dis­lo­qué : la société et la reli­gion, le public et le privé, l’économie et la morale, la tech­nique et le cultu­rel, les masses et les élites, le tra­vail avec le capi­tal et la nation, etc. En tant que mou­ve­ment poli­tique et idéo­lo­gique, le popu­lisme se consti­tue sur les limites des luttes du pro­lé­ta­riat et se retourne contre lui. C’est l’action du pro­lé­ta­riat dans ses luttes reven­di­ca­tives et de pres­sion sur l’État, ainsi qu’actuellement l’impossibilité de cette acti­vité d’exister comme pro­jet d’organisation de la société selon ses besoins et inté­rêts, qui pro­duit le peuple. Et le peuple, qui n’admet pas les contra­dic­tions, les conflits et les scis­sions en son sein, se retourne contre lui. Il serait angé­lique de ne pas consta­ter que c’est dans des régions où par­fois les pro­lé­taires ont lutté de façon très vio­lente contre les fer­me­tures d’entreprises et les licen­cie­ments et pour obte­nir les meilleures condi­tions de départ que le Front Natio­nal fait d’excellents scores après la dis­pa­ri­tion de l’encadrement de la com­mu­nauté ouvrière.

Mais ce peuple, on l’a dit, n’est pas un donné, n’est pas une classe sociale, ni même un groupe socio­lo­gique, il est à construire et à repré­sen­ter. Par là, il devient l’apanage de la seule classe sus­cep­tible d’unifier les contra­dic­tions sociales et de les repro­duire, parce qu’elle tient les clés de l’autoprésupposition du capi­tal : la bour­geoi­sie. Celle-ci peut délé­guer, de façon par­fois conflic­tuelle, la direc­tion du mou­ve­ment aux classes moyennes, ou à des caté­go­ries sociales mieux à même de le repré­sen­ter, parce qu’adéquates à son contenu, comme l’Eglise, l’armée, ou le syn­di­cat selon les contextes. C’est cette délé­ga­tion aux petits patrons et arti­sans qui manque actuel­le­ment (et man­quera tou­jours) au Front Natio­nal (tel que les condi­tions fran­çaises lui imposent d’être) et qui en fait une orga­ni­sa­tion aussi mas­sive élec­to­ra­le­ment qu’ectoplasmique socia­le­ment. Comme le démo­cra­tisme radi­cal, avec lequel il par­tage bien des carac­té­ri­tiques (le rêve de la démo­cra­tie directe, le culte de l’Etat social, la cri­tique de la mon­dia­li­sa­tion libé­rale), le popu­lisme se nour­rit aux limites des luttes du pro­lé­ta­riat quand celui-ci ne peut se déga­ger d’une fixa­tion de la contra­dic­tion entre pro­lé­ta­riat et capi­tal au niveau de la repro­duc­tion de la force de tra­vail dans le cadre d’une éco­no­mie capi­ta­liste de plus en plus seg­men­tée (rup­ture de l’ordre de la société sala­riale) où l’articulation entre les sec­teurs n’apparaît dans leur impli­ca­tion réci­proque que comme misère et richesse : « ceux d’en bas » et « ceux d’en haut »

  • Pages 178à184

Le petit patron est tout à fait moderne. Le gou­ver­ne­ment de Ber­lus­coni com­prend douze “ petits “patrons sur vingt-six ministres. C’est dans les années soixante-dix, à par­tir de PME très dyna­miques, qu’émergent ceux que Pierre Musso dans le Monde diplo­ma­tique d’avril 2002 appelle des “ néo–condo­tierri post­for­distes “comme Gil­berto Benet­ton et Sil­vio Ber­lus­coni. Durant l’été 2001, la direc­tion de l’organisation patro­nale Cofin­dus­tria est reve­nue à Anto­nio d’Amato, porté par les PME du Nord-Est, contre Carlo Cal­lieri, pour­tant sou­tenu par Agnelli et De Bene­detti. Si tous ces élé­ments font en réa­lité sys­tème et si le capi­ta­lisme ita­lien reste dominé par un petit nombre d’actionnaires finan­ciers (mal­gré le déclin de Medio­banca et la mort d’Enrico Cuc­cia), il n’en demeure pas moins que les familles his­to­riques du capi­ta­lisme for­diste ita­lien ont du par­ta­ger leur pou­voir avec ces “ néo–condo­tierri “qui même devenu gros ont conservé le mode de fonc­tion­ne­ment d’une PME et dont la réus­site dépend des moda­li­tés d’exploitation de la force de tra­vail en cours dans ces PME de moins de 10 sala­riés (on fabrique parce qu’on a déjà vendu, ce qui laisse sup­po­ser les condi­tions de tra­vail et les sta­tuts des tra­vailleurs) qui repré­sentent la moi­tié des quatre mil­lions d’entreprises ita­liennes, sans oublier les 22,6 % de la main-d’oeuvre totale employés “ irré­gu­liè­re­ment ”. Cette extrême droite popu­liste avec son auto­ri­ta­risme et sa xéno­pho­bie (non de rejet mais de garan­tie poli­cière que l’ouvrier res­tera à sa place, cf. la régu­la­ri­sa­tion mas­sive récente des clan­des­tins sous contrôle des patrons) s’enracine dans les trans­for­ma­tions actuelles du capi­ta­lisme : dans sa restruc­tu­ra­tion. La figure moderne du “ petit patron “est celle de “ l’obéissance aveugle et abso­lue aux lois du mar­ché “et à “ un libé­ra­lisme éco­no­mique qui ne s’embarrasse d’aucun scru­pule vis-à-vis des condi­tions des tra­vailleurs. ”. Ber­ti­notti (secré­taire géné­ral du parti d’extrême-gauche ita­lien Refon­da­tion com­mu­niste) écrit : “Si l’on ne com­prend pas cet engre­nage, on ne com­prend pas pour­quoi cette droite, défi­nie comme anor­male ou vieillie, s’affirme au sein de pro­ces­sus éco­no­miques modernes. ” En France, c’est dans cet engre­nage que le Front Natio­nal par­vient dif­fi­ci­le­ment à se pla­cer, contrai­re­ment à beau­coup d’autres popu­lismes euro­péens ; vic­time, si l’on peut dire, d’un côté, de la struc­ture pro­duc­tive du capi­ta­lisme fran­çais et, de l’autre, de son trop grand suc­cès ouvrier qui le coupe sur le plan “ socié­tal “d’une grande par­tie des “ classes moyennes ”(homo­pho­bie, condi­tion fémi­nine, avor­te­ment, peine de mort, pacs ..). Tout cela tenant au dérou­le­ment de la restruc­tu­ra­tion en France, prin­ci­pa­le­ment à un faible écla­te­ment des struc­tures pro­duc­tives lors des restruc­tu­ra­tions industrielles.

L’éloignement de Jean-Marie Le Pen de l’hédonisme d’un Pim For­tuyn n’est pas qu’un “ détail “et Pia Kjaers­gaard (chef du Parti du peuple danois) le qua­li­fie de “ figure du passé ”. C’est la pro­fon­deur de l’acceptation du libé­ra­lisme qui est en jeu, celui-ci ne défi­nit pas seule­ment une série de prin­cipes éco­no­miques mais une concep­tion et une pra­tique du fonc­tion­ne­ment de la société et de la notion d’individu.

Dans la plu­part des autres pays, les divi­sions régio­nales, reli­gieuses, cor­po­ra­tistes se sont main­te­nues jusqu’au XX° siècle (contrai­re­ment à la situa­tion fran­çaise où tout cela est déman­telé lors de la Révo­lu­tion, n d a). Elles ont donc pu être mobi­li­sées par les citoyens (sou­li­gné par nous) en lutte, pour défendre leurs inté­rêts par­ti­cu­liers. Dans le cas fran­çais, le “ maté­riel “mis à la dis­po­si­tion des indi­vi­dus pour nom­mer leurs dif­fé­rences et nour­rir leur sen­ti­ment d’appartenance col­lec­tive a été très tôt limité à deux grands registres : la lutte des classes (patrons / ouvriers) et le cli­vage natio­nal / étran­ger. ”(Gérard Noi­riel, le Monde diplo­ma­tique, jan­vier 2002.) L’identité ouvrière s’est poli­ti­que­ment consti­tuée en France dans ce double cli­vage : contre les patrons, bien sûr, et dans la dis­tinc­tion d’avec l’étranger. De la troi­sième Répu­blique jusqu’aux années 1970, la consti­tu­tion et la recon­nais­sance d’une iden­tité ouvrière d’un côté et, de l’autre, l’exclusion des immi­grants étran­gers sont les deux faces d’une même pièce. Depuis la III° Répu­blique à la fin du XIX° siècle jusqu’à la crise / restruc­tu­ra­tion actuelle, l’Etat et la loi sont les acteurs cen­traux du cli­vage à l’intérieur de cette dua­lité. Cette inté­gra­tion de la classe ouvrière dans l’Etat-nation ne fut pas que poli­tique, pro­gres­si­ve­ment le simple fait d’appartenir à l’Etat a per­mis d’obtenir des droits sociaux et c’est alors que le déve­lop­pe­ment de l’immigration fut une consé­quence de cette démo­cra­ti­sa­tion. “ Jusqu’à la fin du second Empire, la ligne de frac­ture fon­da­men­tale était d’ordre socio­lo­gique, oppo­sant le monde des notables aux classes labo­rieuses et dan­ge­reuses. Ces der­nières n’avaient pra­ti­que­ment aucun droit ; le fait que leurs membres soient “ fran­çais ” ou “ étran­gers ” était donc sans impor­tance. Mais à par­tir du moment où le peuple dis­pose de droits poli­tiques et sociaux, il devient néces­saire d’établir une dis­cri­mi­na­tion radi­cale entre ceux qui appar­tiennent à l’Etat fran­çais et les autres. L’étranger est alors défini de façon néga­tive. C’est celui qui ne pos­sède pas les droits consen­tis aux natio­naux. (…). Dès la fin du XIX° siècle, l’immigration de masse va per­mettre d’exploiter toutes les poten­tia­li­tés offertes par ce cli­vage. Les capa­ci­tés de résis­tance accor­dées aux classes popu­laires par la III° Répu­blique ne per­met­tant pas à la grande indus­trie de trou­ver sur place toute la main-d’oeuvre néces­saire, il a fallu pour consti­tuer le pro­lé­ta­riat de mineurs, de manoeuvres, d’ouvriers agri­coles et de bonnes à tout faire dont le pays avait besoin, “ fabri­quer “une popu­la­tion pri­vée des droits sociaux accor­dés aux natio­naux et n’ayant pas la pos­si­bi­lité de pro­tes­ter col­lec­ti­ve­ment contre le sort qui lui était fait. Des vignobles du Rous­sillon aux hauts-fourneaux de Moselle, le patro­nat va alors cher­cher de la main-d’oeuvre en Ita­lie, en Pologne et dans les colo­nies. (…). En inter­di­sant aux étran­gers de tra­vailler en France sans une auto­ri­sa­tion offi­cielle, l’Etat répu­bli­cain s’est donné les moyens de régu­ler les flux migra­toires, d’interdire l’entrée des immi­grants sur son ter­ri­toire en période de réces­sion, de cana­li­ser les flux vers les sec­teurs défi­ci­taires, de limi­ter la concur­rence dans les branches pri­sées par les natio­naux. Au cours de la même période, ce dis­po­si­tif a été ren­forcé par une mul­ti­tude de mesures des­ti­nées à élar­gie la “ fonc­tion publique ”, de façon à mul­ti­plier le nombre des emplois réser­vés aux Fran­çais. ”(ibid.). Si l’analyse de Noi­riel est pas­sion­nante, elle laisse cepen­dant de côté le fait que ce qu’il appelle “ l’intégration des classes popu­laires ” n’est pas qu’un phé­no­mène ins­ti­tu­tion­nel, mais poli­tique (dans un sens plus large qu’institutionnel), social et éco­no­mique. Cette inté­gra­tion est en fait un rap­port de classes entre le capi­tal et le tra­vail qui s’impose au-delà des cli­vages ins­ti­tu­tion­nels, c’est la for­ma­tion et la confir­ma­tion d’une iden­tité ouvrière à l’intérieur de la repro­duc­tion du capi­tal. L’action poli­tique et syn­di­cale et tout sim­ple­ment les luttes quo­ti­diennes ont régu­liè­re­ment sub­verti ce cli­vage (non sans affron­te­ments), l’existence d’une iden­tité ouvrière per­met­tant cette sub­ver­sion. La dis­pa­ri­tion d’une iden­tité ouvrière laisse en revanche le cli­vage ins­ti­tu­tion­nel à nu, de lui seul dépend l’” inté­gra­tion “et la recon­nais­sance (les sans-papiers n’ont eu droit de la part du mou­ve­ment ouvrier qu’à un fur­tif coup de cha­peau et par­fois même à l’hostilité des immi­grés anciens). Le grand maître de ce cli­vage c’est l’Etat, c’est à lui que l’on s’adresse, c’est de lui que l’on attend tout, d’autant plus que, comme on l’a vu, toute réfé­rence inter­mé­diaire a dis­paru depuis long­temps des luttes sociales en France, n’en déplaise aux Bre­tons, Basques et autres Corses. C’est toute cette longue his­toire qui a struc­turé en France l’identité ouvrière sur le socle du cli­vage natio­nal / étran­ger et dont l’Etat était le maître d’oeuvre et le garant ultime qui met en porte à faux le “ libé­ra­lisme “du Front Natio­nal et lui donne son air de vilain petit canard de la famille popu­liste euro­péenne, quand comme ses frères il est le résul­tat de la dis­pa­ri­tion de cette iden­tité. Contre cette dis­pa­ri­tion, en France il n’y a qu’une ins­tance : l’Etat. Pour être rapide, le Front Natio­nal balance encore entre, d’un côté, la tra­di­tion et la loi et, de l’autre, le contrat.

L’extrême droite dont nous assis­tons au suc­cès en Europe est celle que Jean-Yves Camus (auteur des Extré­mismes en Europe, éd. de l’Aube, 1998 et du Front Natio­nal, éd. Milan, 2001) qua­li­fie d’“atypique “en ce qu’elle aban­donne le culte de l’Etat pour l’ultra-libéralisme, le cor­po­ra­tisme pour le “ jeu du mar­ché ”, et même par­fois “ le cadre de l’Etat-nation pour les par­ti­cu­la­rismes régio­naux ou pure­ment locaux. ”(le Monde diplo­ma­tique, mai 2002). En Ita­lie, dans son évo­lu­tion, l’Alleanza Nazio­nale a laminé les grou­pus­cules néo­fas­cistes purs et durs, par­tout les par­tis qui se réclament de l’héritage direct du fas­cisme, du sala­za­risme, du pha­lan­gisme ou de la dic­ta­ture des colon­nels en Grèce sont tota­le­ment mar­gi­na­li­sés. De même, en Bel­gique, si le Vlaams Blok (Bloc fla­mand) se réfère tou­jours au “ natio­na­lisme soli­da­riste “et au “ natio­na­lisme fla­mand “de Henri De Man, le cou­rant libé­ral y est de plus en plus impor­tant et donne le ton géné­ral du pro­gramme en se réfé­rant à Mar­ga­ret That­cher qui “ a libéré son pays de la dic­ta­ture des syn­di­cats ”(au point que le com­bat pour l’indépendance de la Flandre n’est plus réservé qu’aux dis­cours domi­ni­caux). Les plus pros­pères de ces par­tis d’extrême droite, ceux de l’Europe scan­di­nave, attirent élec­to­ra­le­ment une pro­por­tion de plus en plus grande d’ouvriers même si leur socle demeure les “ classes moyennes “et les patrons indé­pen­dants. En Nor­vège, où le chô­mage est qua­si­ment inexis­tant et où les reve­nus pétro­liers assurent pour l’instant un ave­nir sans nuages à l’Etat pro­vi­dence, le suc­cès du Parti du pro­grès (Frem­skridts­par­tiet) en milieu ouvrier semble mys­té­rieux, d’autant plus qu’il défend l’idée d’une déré­gu­la­tion totale du mar­ché du tra­vail impli­quant une dis­pa­ri­tion du salaire mini­mum. Dans la situa­tion de pros­pé­rité de la Nor­vège, une telle déré­gu­la­tion n’apparaît pas comme une menace mais plu­tôt comme l’ouverture d’opportunités sala­riales (concur­rence, primes, indi­vi­dua­li­sa­tion…) et l’absence de salaire mini­mum comme une relé­ga­tion hors de l’espace sala­rial com­mun de la main-d’oeuvre non natio­nale. La pros­pé­rité y appa­raît comme la pré­ser­va­tion de l’homogénéité eth­nique, reli­gieuse et cultu­relle. Par­tout, ce qui domine c’est le ral­lie­ment de cette extrême droite au libé­ra­lisme, ce qui la dif­fé­ren­cie et la coupe radi­ca­le­ment du fas­cisme historique.

Cepen­dant, son suc­cès élec­to­ral tient à ce que ce libé­ra­lisme est boi­teux : libé­ra­lisme sans, et même, de façon pro­cla­ma­toire, contre la mon­dia­li­sa­tion. Le point com­mun de tous ces mou­ve­ments, y com­pris natu­rel­le­ment le Front Natio­nal, est d’ériger la “ pré­fé­rence natio­nale “en pro­tec­tion de ce qui reste d’Etat pro­vi­dence (même quand celui-ci, comme en Nor­vège, ne paraît pas immé­dia­te­ment menacé : il vaut mieux faire envie que pitié). Une fois affirmé ce point pro­gram­ma­tique dur, la cri­tique de la mon­dia­li­sa­tion est en fait plus spec­ta­cu­laire, sym­bo­lique et rhé­to­rique que réelle. Si bien que, au-delà de la par­ti­ci­pa­tion directe de ces par­tis au pou­voir et des aléas de leurs suc­cès élec­to­raux, leur “ moder­nité “réside avant tout dans le fait que leurs thèmes sont par­tout pré­sents dans les par­tis dits “ de gou­ver­ne­ment ”(sans par­ler des nom­breux arran­ge­ments locaux et / ou natio­naux ainsi que des chan­ge­ments “ per­son­nels “d’étiquette) et que les cri­tiques qui leur sont adres­sées dans le “ débat poli­tique “ne dépassent jamais la stig­ma­ti­sa­tion dia­bo­lique de leur “ fas­cisme “ce qui passe tota­le­ment à côté de leur réa­lité. Même si cela n’a pas d’importance, on ne peut s’empêcher de se deman­der si ce n’est pas volontaire.

Par­tout, c’est la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière et par là de sa repré­sen­ta­tion poli­tique social-démocrate et / ou com­mu­niste qui désta­bi­lise le fon­de­ment poli­tique de l’Etat démo­cra­tique. Celui-ci est la paci­fi­ca­tion d’un cli­vage social que la démo­cra­tie recon­naît comme réel au moment où elle en est la repré­sen­ta­tion comme affron­te­ment entre citoyens. Contrai­re­ment au popu­lisme, la démo­cra­tie est la recon­nais­sance du carac­tère irré­duc­ti­ble­ment conflic­tuel de la “ com­mu­nauté natio­nale ”, de ce point de vue la recon­nais­sance de la classe ouvrière a été his­to­ri­que­ment au coeur de la construc­tion de la démo­cra­tie, elle en fut même le moteur et le cri­tère. Il est inutile de reve­nir lon­gue­ment sur la déli­ques­cence de la social-démocratie déjà abor­dée dans la par­tie de ce texte plus spé­cia­le­ment consa­crée à la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière. La social-démocratie et les par­tis com­mu­nistes (frères enne­mis) consti­tuaient la forme domi­nante de la repré­sen­ta­tion poli­tique inhé­rente à l’identité ouvrière. Celle-ci s’était consti­tuée dans la pre­mière phase de la sub­somp­tion réelle du tra­vail sous le capi­tal dans le cadre mon­dial du for­disme et cor­ré­la­ti­ve­ment dans le cadre natio­nal du bou­clage de l’accumulation. Comme expres­sion poli­tique, la social-démocratie se carac­té­ri­sait par trois points : la consti­tu­tion d’un parti de masse, une sorte de contre-société (ce point là ne fut jamais effec­tif en France) ; un pro­jet de réforme de la pro­priété en “ pro­priété sociale ”; la pro­tec­tion sociale. Le pre­mier point est devenu caduc dans l’entre-deux-guerres, le deuxième s’est alors limité à un effet ora­toire dans la pré­sen­ta­tion des pro­grammes avant d’être offi­ciel­le­ment aban­donné, ne res­tait que le troi­sième. Le key­né­sia­nisme interne, en pos­sible situa­tion de com­pro­mis avec un libé­ra­lisme externe de plus en plus impor­tant, est devenu la poli­tique natu­relle de l’identité ouvrière jusqu’à ce que toutes les carac­té­ris­tiques de la restruc­tu­ra­tion actuelle en ont fait dis­pa­raître la pos­si­bi­lité : coût bud­gé­taire des pro­grammes sociaux, mon­tée du chô­mage, pré­ca­ri­sa­tion de la force de tra­vail, décen­tra­li­sa­tion des rela­tions pro­fes­sion­nelles, auto­no­mi­sa­tion des mar­chés finan­ciers, concur­rence inter­na­tio­nale. C’est-à-dire fon­da­men­ta­le­ment la modi­fi­ca­tion du rap­port d’exploitation. Nous ne ren­tre­rons pas dans l’analyse des dif­fé­rentes pos­si­bi­li­tés de recons­truc­tion de la social-démocratie ; une des plus inté­res­santes est cer­tai­ne­ment celle enta­mée autour de la CGIL en Ita­lie qui retrouve la stra­té­gie socio-politique qu’elle avait inau­gu­rée à la fin des années soixante-dix, puis, à l’époque, rapi­de­ment aban­don­née. Quelle que soit la nou­velle confi­gu­ra­tion “ social-démocrate ”, elle ne sera plus la repré­sen­ta­tion de l’identité ouvrière mais un accom­pa­gne­ment légal ou contrac­tuel de la restruc­tu­ra­tion et la désta­bi­li­sa­tion géné­rale du fonc­tion­ne­ment de l’Etat démo­cra­tique, que cette dis­pa­ri­tion implique, perdurera.

En effet, la cri­tique démo­cra­tique du popu­lisme n’est pas chose aisée. Pierre Rosan­val­lon fai­sait remar­quer, il y a déjà quelques années, que l’on voit aujourd’hui employés pour cri­ti­quer l’idée de réfé­ren­dum sur les pro­blèmes de société, les mêmes argu­ments qui étaient employés au XIX° siècle contre le suf­frage uni­ver­sel : le manque d’éducation du peuple. Rosan­val­lon pour­suit : “ Nous avons besoin de pou­voir faire phi­lo­so­phi­que­ment une cri­tique démo­cra­tique du popu­lisme. Ce qui est en cause, pour faire vite, dans une pers­pec­tive popu­liste, c’est une vision extrê­me­ment pauvre de la démo­cra­tie, une vision pri­mi­tive de la volonté géné­rale. Le popu­lisme consi­dère que l’énergie sociale est en per­ma­nence étouf­fée par les élites, étouf­fée par les appa­reils, étouf­fée par les par­tis, étouf­fée par les ins­ti­tu­tions. C’est une vision très dis­cu­table de la démo­cra­tie. La démo­cra­tie ce n’est pas sim­ple­ment l’enregistrement pas­sif des volon­tés, c’est la construc­tion du vivre ensemble. La volonté com­mune n’est pas don­née au point de départ. Elle se construit dans le débat et la déli­bé­ra­tion. C’est sur cette base que l’on peut faire une cri­tique métho­do­lo­gique, phi­lo­so­phique du popu­lisme. Il n’y a pas un “ déjà là “de la volonté géné­rale, un “ déjà là “de l’énergie sociale. (…). Si l’on a une vision déci­sion­niste de la démo­cra­tie, on ne peut pas faire la dif­fé­rence entre popu­lisme et démo­cra­tie. ”(Pierre Rosan­val­lon, le Monde du 14 décembre 1993.) Nous ne dis­cu­te­rons pas ici des notions de “ volonté com­mune ”, de “ citoyen “ou d’” Etat de classe ”, nous nous inté­res­sons au pro­blème que la démo­cra­tie a avec le popu­lisme. Disons seule­ment que la “ volonté géné­rale “est une réa­lité, ce sont tou­jours les inté­rêts de la classe domi­nante qui se font valoir comme inté­rêts géné­raux, la démo­cra­tie, dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, est le pro­ces­sus le plus adé­quat de ce “ faire valoir “et ce pour les rai­sons même qu’énonce Rosanvallon.

La repré­sen­ta­tion paci­fiée en “ volonté géné­rale “d’une société recon­nue comme néces­sai­re­ment conflic­tuelle (c’est là toute la force de la démo­cra­tie) est un tra­vail et non un reflet. C’est-à-dire que dans le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique de l’Etat, la réi­fi­ca­tion et le féti­chisme sont des acti­vi­tés, c’est la poli­tique comme par­tis, débats, déli­bé­ra­tions, rap­ports de force dans la sphère spé­ci­fique de la société civile, déci­sions (cf. la pre­mière par­tie de ce texte). Se conten­ter de se moquer des démo­crates qui n’acceptent pas le résul­tat d’un vote c’est un peu léger et c’est ne rien com­prendre à la démo­cra­tie comme repré­sen­ta­tion. Les rica­ne­ments radi­caux res­tent en deçà d’une ana­lyse démo­cra­tique sérieuse de la démocratie.

La démo­cra­tie semble inexo­ra­ble­ment deve­nir popu­liste parce que c’est le tra­vail de repré­sen­ta­tion qui est en crise. Pré­ci­sons : les classes existent, l’Etat existe, la classe capi­ta­liste est la classe domi­nante, le féti­chisme de la mar­chan­dise dou­blé du féti­chisme spé­ci­fique du capi­tal accom­plissent tou­jours leur oeuvre. Dans la mesure où l’intérêt propre de la classe domi­nante passe par l’Etat, il doit acqué­rir la forme d’un inté­rêt uni­ver­sel, d’une volonté géné­rale. Quand nous disons que toute classe domi­nante doit “ repré­sen­ter son inté­rêt propre comme étant l’intérêt uni­ver­sel ”(Marx, Idé­lo­gie alle­mande, éd. sociales, p. 62), il ne s’agit pas d’une super­che­rie, d’un piège tendu aux classes domi­nées, d’une manoeuvre qui pour­rait être comme ne pas être. L’intérêt col­lec­tif (expri­mant la dépen­dance réelle réci­proque des classes) qui dans une société de classes est l’intérêt par­ti­cu­lier de la classe domi­nante prend, en qua­lité d’Etat, une forme, pre­miè­re­ment, indé­pen­dante de l’intérêt par­ti­cu­lier de la classe domi­nante elle-même parce qu’il n’est immé­dia­te­ment qu’un inté­rêt par­ti­cu­lier face à d’autres et, deuxiè­me­ment, indé­pen­dante de la simple dépen­dance réelle entre les classes parce que cette média­tion du col­lec­tif nie sa par­ti­cu­la­rité, il devient un inté­rêt uni­ver­sel. L’intérêt par­ti­cu­lier de la classe domi­nante ne peut se réa­li­ser comme inté­rêt par­ti­cu­lier que comme inté­rêt uni­ver­sel, en qua­lité d’Etat. Il lui faut sor­tir de sa par­ti­cu­la­rité, l’Etat doit être séparé de la lutte des classes pour être au mieux l’Etat de la classe domi­nante, la bour­geoi­sie célèbre comme ses grands hommes poli­tiques ceux qui lui don­nèrent sou­vent du fil à retordre. Le tra­vail poli­tique de repré­sen­ta­tion est cette sor­tie de la par­ti­cu­la­rité, ce que Rosan­val­lon appelle la “ construc­tion du vivre ensemble ”, le “ débat ”, la “ déli­bé­ra­tion ”. Par néces­sité un tel tra­vail n’est pos­sible que dans la mesure où plu­sieurs inté­rêts par­ti­cu­liers sont sus­cep­tibles de se faire valoir dans la sphère de l’universel (une par­ti­cu­la­rité unique, en rap­port seule­ment avec elle-même, ne peut pas sor­tir d’elle-même, elle n’est rien) ; même si le vain­queur est for­cé­ment connu d’avance, il est dans la nature des inté­rêts par­ti­cu­liers de deve­nir indé­pen­dants d’eux-mêmes et de concou­rir (leur propre pour­suite implique pour eux d’apparaître comme un inté­rêt “ uni­ver­sel ”, spé­cial et par­ti­cu­lier parce que face à un autre).

Le pro­blème de la démo­cra­tie est actuel­le­ment de ne plus connaître qu’une seule de ces par­ti­cu­la­ri­tés aptes à concou­rir, la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière et de sa repré­sen­ta­tion a entraîné toutes les autres dans son nau­frage. Or, seule, cette par­ti­cu­la­rité n’est rien, rien en tant que faire valoir uni­ver­sel. Dans la dis­pa­ri­tion de la démo­cra­tie, la bour­geoi­sie joue son uni­ver­sa­lité. Tri­via­le­ment : plus per­sonne n’y croit ; tel­le­ment que les “ scan­dales “qui, sous la troi­sième Répu­blique, jusque dans l’entre-deux-guerres, pou­vaient ébran­ler le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique de l’Etat, aujourd’hui “ tout le monde s’en fout “et ne sont qu’un sujet de comique répé­ti­tif et éculé. C’est grave pour la bour­geoi­sie, non pas seule­ment parce que le leurre ne fonc­tion­ne­rait plus (ce qui n’est pas négli­geable), mais sur­tout parce que tant que le leurre fonc­tionne cela signi­fie qu’il n’en est pas un et que la bour­geoi­sie appa­raît en réa­lité comme la classe de l’universel, que son inté­rêt propre se construit réel­le­ment dans l’opposition entre les classes et par elle comme l’intérêt géné­ral en tant qu’Etat, ce qui nous ren­voie à la ques­tion du sta­tut actuel de la domi­na­tion et de l’oppression dans l’exploitation et l’autoprésupposition du capi­tal. De sur­croît, ce que l’on ren­contre au niveau des Etats nation se retrouve au niveau du sys­tème des Etats dans la poli­tique amé­ri­caine. La domi­na­tion des inté­rêts par­ti­cu­liers de la classe domi­nante ne se construit plus en “ volonté géné­rale ”, les condi­tions du “ débat “et de la “ déli­bé­ra­tion “ont dis­paru. Le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique se scinde alors en une hyper­tro­phie ins­ti­tu­tion­nelle indé­pen­dante de tout tra­vail de repré­sen­ta­tion (cours consti­tu­tion­nelle, cours des comptes, conseil d’Etat, banques cen­trales, toutes les auto­ri­tés indé­pen­dantes de régu­la­tion éco­no­mique au niveau natio­nal, euro­péen ou inter­na­tio­nal) et une “ repré­sen­ta­tion “vita­liste popu­liste et aléa­toire des inté­rêts par­ti­cu­liers. Le vita­lisme popu­liste, c’est l’hostilité à tout ce qui peut faire écran entre le peuple et ceux qui sont cen­sés l’incarner au pou­voir. L’aléatoire de la “ repré­sen­ta­tion “réside dans le fait qu’en se “ déso­cio­lo­gi­sant “la repré­sen­ta­tion for­ma­lise des thèmes trans­ver­saux (sécu­rité, ques­tions “ socié­tales ”, envi­ron­ne­ment, immi­gra­tion, “ qua­lité ” du per­son­nel poli­tique…) pola­ri­sant les votes de façon impré­vi­sible et sur­tout acci­den­telle.

(…)

Le popu­lisme n’épuise pas l’effondrement de la démo­cra­tie comme repré­sen­ta­tion et la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière est loin d’être la fin de la classe ouvrière et de la lutte de classe.

2 Commentaires

  • Vlad2
    29 novembre 2018 - 13 h 27 min | Permalien

    Un début de réflexion au présent ?

    Classes d’encadrement et pro­lé­taires dans le « mou­ve­ment des gilets jaunes »
    mer­credi 28 novembre 2018, par ano­nyme (Date de rédac­tion anté­rieure : 28 novembre 2018).

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article2519

    https://agitationautonome.com/2018/11/25/classes-dencadrement-et-proletaires-dans-le-mouvement-des-gilets-jaunes/

    Com­prendre les Gilets Jaunes (et les enjeux poli­tiques qui vont avec)

    https://danslanebuleuse.fr/2018/11/28/comprendre-les-gilets-jaunes-et-les-enjeux-politiques-qui-vont-avec/

    mer­credi 28 novembre 2018
    TROP TARD MACRON POUR RECYCLER LE MOUVEMENT SOCIAL EN « ECOLOGIE POPULAIRE » !

    « Enfer­mée dans une pos­ture de supé­rio­rité morale, la classe domi­nante a balayé d’un revers de main tout diag­nos­tic du monde d’en bas ». Chris­tophe Guilluy (No society p.149)

    https://proletariatuniversel.blogspot.com/2018/11/trop-tard-macron-pour-recycler-le.html

    Ques­tions pour ceux qui luttent face aux CRS :
    Mai­son du Peuple de Saint-Nazaire et alentours

    https://www.facebook.com/Maison-du-Peuple-de-Saint-Nazaire-et-alentours-272152786819209/

    Les stations-service euro­péennes hors du die­sel: la grève d’une raf­fi­ne­rie fran­çaise aggrave la crise

    par Tyler Dur­den
    Mer., 28/11/2018 — 22:44

    Écrit par Mike Shed­lock via MishTalk,

    Le die­sel est rare en Europe. La situa­tion est sur le point de se dégra­der avec la fer­me­ture de la plus grande raf­fi­ne­rie française.

    Bloom­berg rap­porte que les ennuis du die­sel en Europe s’aggravent alors qu’une grève stoppe la raf­fi­ne­rie de pétrole française .

    Total SA, le plus grand raf­fi­neur de France, est sur le point de fer­mer sa plus grande usine du pays, Gon­fre­ville, une cen­trale de 247 000 barils par jour en Nor­man­die, en rai­son d’un conflit de tra­vail, a déclaré mardi un porte-parole de la société. À quelques cen­taines de kilo­mètres, aux Pays-Bas, les stations-service de ravi­taille­ment se font rares en rai­son des contraintes d’expédition sur le Rhin, selon Royal Dutch Shell Plc.

    Le 20 novembre, Shell avait annoncé une réduc­tion de la pro­duc­tion sur son site de raf­fi­nage de Rhein­land, le plus grand com­plexe de ce type en Alle­magne, en rai­son des faibles niveaux d’eau du Rhin. Dans un tweet mardi, la société a déclaré qu’elle était tem­po­rai­re­ment inca­pable de four­nir des stations-service sans per­son­nel aux Pays-Bas.

    Les stations-service alle­mandes étaient déjà à sec en rai­son de la situa­tion sur le Rhin, un impor­tant cou­loir de trans­port de pro­duits pétro­liers qui relie les Alpes suisses au nord-ouest jusqu’aux Pays-Bas. La Suisse a libéré des stocks de car­bu­rant d’urgence en rai­son de la situa­tion sur le fleuve.

    La prime par baril de die­sel sur le Brent — un autre indi­ca­teur de la vigueur du mar­ché — s’est éta­blie à 15,96 dol­lars mardi, le plus élevé de la période de l’année en six ans……

    https://www.zerohedge.com/news/2018 – 11-28/european-gas-stations-out-diesel-french-refinery-strike-deepens-crisis

    29 novembre 2018

    VISITES DE LA POLICE ET DU FISC À LA GLORIEUSE DEUTSCHE BANK, LA FRANCE N’A RIEN COMPRIS!

    La glo­rieuse Deusche Bank de la glo­rieuse Alle­magne devant la quelle nous sommes à genoux 24H sur 24 est à l’agonie sous tous les aspects. Elle ne vaut plus rien Bourse, elle n’est plus reca­pi­ta­li­sable, on refuse ses dettes, ses CDS sont dila­tés, sa signa­ture sur les mar­chés de déri­vés est consi­dé­rée comme douteuse.

    La DB est l’enfant malade du sys­tème alle­mand, atteint d’un can­cer et sa mala­die n’est pas can­ton­née. La DB c’est l’Allemagne, c’est son talon d’Achille et le gou­ver­ne­ment fran­çais ne le com­prend pas et le l’utilise pas.

    Ce gou­ver­nemnt n’a rien com­pris aux rela­tions entre pays: elles sont fon­dées sur la force et le chan­tage, c’est ce que fait l’Allemagne et au lieu de faire comme elle le gou­ver­ne­ment fran­çais réagit comme un gamin , il se couche.

    Le lien enrte la DB et son sou­ve­rain est évident et per­sonne n’ose déplaire à l’Allemagne et tra­cer ce lien: en cas de défaillance de la DB, le bud­get , l’endettement et la situa­tion finan­cière de la Grande Alle­magne implose. C’est l’Allemagne qui a besoin de l’aide de ses voi­sins, eh oui!

    Macron n’a pas l’étoffe c’est évident ; il a l’étoffe vis a vis des plus faibles qu’il méprise et mar­ty­rise mais il n’a pas l’étoffe pour affron­ter le colosse aux pieds d’argile qu’est l’Allemagne.

    La situa­tion de la DB avec le risque poten­tiel pour l’Allemagne est bien plus grave que la situa­tion des banques ita­liennes vis a vis de leur sou­ve­rain, c’est cela que Macron ne com­prend pas.

    L’Allemagne n’est pas en posi­tion de don­ner des leçons à qui que ce soit , d’ailleurs on ne le dit pas mais Mer­kel est cou­chée à lon­gueur de jour­née devant Trump, elle crève de peur de lui déplaire car elle sait que sa DB et son sec­teur auto peuvent tom­ber d’une piche­nette.
    Mer­kel est une bau­druche et Macron au lieu d ‘être lucide et de le voir et d’en tenir compte pré­fère ter­ro­ri­ser son peuple.

    https://brunobertez.com/2018/11/29/visites-de-la-police-et-du-fisc-a-la-glorieuse-deutsche-bank-la-france-na-rien-compris/

  • 29 novembre 2018 - 16 h 46 min | Permalien

    Voir la cri­tique de ce texte sur le site de Pat­loch:
    http://patlotch.forumactif.com/t92-gilets-jaunes-couleurs-d-une-colere-sociale#364

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