Où en sommes-nous dans la crise ? ver­sion II

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Où en sommes-nous dans la crise ?

ten­ta­tive de synthèse

Au-delà des aspects brouillons qui four­millent, ce texte pré­sente un pro­blème cen­tral : il n’est jamais ques­tion de la contra­dic­tion entre femmes et hommes. Il est de ce point de vue là tota­le­ment à recom­po­ser (je ne dis pas à réécrire). Nous ne sommes même pas dans le cas d’une des pre­mières ver­sions de Tel quel, dans la mesure où dans Tel Quel la char­pente théo­rique du texte était bâtie sur les deux contra­dic­tions. Les ques­tions de l’interclassisme, des luttes spé­ci­fi­que­ment ouvrières, du rap­port de l’Etat à sa société, de la crise du rap­port sala­rial et de son deve­nir en crise de la « société sala­riale » et fina­le­ment en crise de la valeur ne peuvent être conçues en dehors des deux contra­dic­tions et pour­tant je le fais. Il y a un pro­blème … ou alors c’est mon problème.

1) Type de crise

Cette crise comme iden­tité entre sur­ac­cu­mu­la­tion et sous-consommation.

La phase anté­rieure : dimi­nu­tion conti­nue de la part des salaires, la com­pres­sion des salaires déjà struc­tu­rel­le­ment incluse dans la phase du MPC qui entre en crise.

Dimi­nu­tion et com­pres­sion orga­ni­sées et réa­li­sées comme double décon­nexion : valo­ri­sa­tion du capi­tal et repro­duc­tion force de tra­vail ; entre consom­ma­tion et salaire comme revenu (crédit).

La pre­mière décon­nexion est un zonage.

Le zonage est une déter­mi­na­tion fonc­tion­nelle du capi­tal : main­te­nir mal­gré la rup­ture entre les deux des mar­chés mon­diaux en expan­sion et une exten­sion pla­né­taire de la main-d’œuvre dis­po­nible, cela en dehors de toute rela­tion néces­saire sur une même aire de repro­duc­tion déter­mi­née (Le Moment actuel, Sic, p. 103).

La com­pres­sion des salaires est fonc­tion­nelle comme non pro­pa­ga­tion des ten­sions infla­tion­nistes dans un sys­tème qui néces­site une ali­men­ta­tion constante en liqui­di­tés. (Sic, p. 109). Nous avons là une des liai­sons pour le pas­sage de la crise du rap­port sala­rial en crise de la valeur (voir plus loin).

Donc, au départ, le rap­port sala­rial au cœur de la crise actuelle (Reven­di­quer pour le salaire, connexion explo­sive entre asys­té­mie de la reven­di­ca­tion et crise du rap­port sala­rial, cf. Le moment actuel).

Dans la crise actuelle, vue sa défi­ni­tion cen­trale, la décon­nexion est deve­nue un pro­blème : deve­nue contre-productive.

« L’identité, dans la crise actuelle, entre crise de sur­ac­cu­mu­la­tion et de sous-consommation signi­fie que la décon­nexion entre valo­ri­sa­tion du capi­tal et repro­duc­tion de la force de tra­vail est deve­nue un pro­blème. Dans cette iden­tité de la crise, la décon­nexion qui était fonc­tion­nelle à une phase du mode de pro­duc­tion devient contra­dic­toire à sa propre pour­suite. Cela tant au niveau de l’architecture mon­diale de la réa­li­sa­tion fai­sant des Etats-Unis le consom­ma­teur en der­nier res­sort, qu’au niveau, tout aussi impor­tant et peut-être plus pour la suite, du déve­lop­pe­ment « natio­nal » des « capi­ta­lismes émer­gents ». On ne revien­dra pas en arrière, mais la mon­dia­li­sa­tion peut prendre un autre tour indé­fi­nis­sable actuel­le­ment et qui ne pour­rait être qu’une fonc­tion de nou­velles moda­li­tés de la valo­ri­sa­tion et du rap­port d’exploitation.

Cette décon­nexion était un sys­tème mon­dial. La Chine, l’Inde, le Bré­sil, etc. y avaient leur place à la fois comme puis­sances éco­no­miques auto­nomes mon­tantes et pièces de cette struc­ture mon­diale. Que la Chine ou l’Inde par­viennent à se consti­tuer pour elles-mêmes en tant que mar­ché inté­rieur dépend d’une révo­lu­tion dans les cam­pagnes (pri­va­ti­sa­tion de la terre en Chine ; dis­pa­ri­tion de la petite pro­priété et des formes de métayages en Inde) mais aussi et sur­tout d’une recon­fi­gu­ra­tion du cycle mon­dial du capi­tal sup­plan­tant la glo­ba­li­sa­tion actuelle (une rena­tio­na­li­sa­tion des éco­no­mies dépas­sant / conser­vant la glo­ba­li­sa­tion, une défi­nan­cia­ri­sa­tion du capi­tal pro­duc­tif - ? -). C’est dire que cette hypo­thèse est hors de notre por­tée actuelle car hors de ce cycle de luttes, elle sup­pose la révo­lu­tion telle que ce cycle la porte bat­tue et, dans cette défaite, une restruc­tu­ra­tion du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. » (TC 24, p. 28).

Donc, en résumé : crise du rap­port sala­rial. Au centre de la contra­dic­tion du rap­port entre les classes qu’est cette crise, la reven­di­ca­tion sur le salaire et son chan­ge­ment de signi­fi­ca­tion : son asys­té­mie et illé­gi­ti­mité (Sic, p. 106).

2) De la crise du rap­port sala­rial à la crise de la société salariale.

La crise du rap­port sala­rial s’est déve­lop­pée en crise de la société sala­riale (peut-on dire qu’elle est momen­ta­né­ment désa­mor­cée en tant que crise du rap­port salarial ?).

La sub­somp­tion réelle est la consti­tu­tion du capi­tal en société (Marx, Cha­pitre inédit, Ed. 10 / 18, p. 263 – 264 ; Fon­de­ments de la cri­tique de l’économie poli­tique, Ed Anthro­pos, t. 1, p. 226 ; ibid, t. 2 p. 230). Mais cette consti­tu­tion en société c’est le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste comme société sala­riale (Cas­tells ; Aglietta). La société sala­riale c’est un conti­nuum de posi­tions et de com­pé­tences dans lequel les rap­ports de pro­duc­tion capi­ta­listes ne sont vécus que comme des rap­ports de dis­tri­bu­tion, l’exploitation comme un par­tage injuste des richesses, les classes sociales comme le rap­port entre riches et pauvres. On est en pleine fan­tas­ma­go­rie. Mais fan­tas­ma­go­rie, on ne le redira jamais assez, dans laquelle nous évo­luons quo­ti­dien­ne­ment. L’essentiel n’est pas dans l’aberration que repré­sentent de telles consi­dé­ra­tions, mais dans le fait qu’elles sont les expres­sions idéo­lo­giques, qu’elles for­ma­lisent, des ten­dances et des pra­tiques réelles de la lutte de classe. Nous avons là la redis­tri­bu­tion ou le par­tage des richesses ou même l’appropriation de la richesse sociale. Les formes de la dis­tri­bu­tion s’autonomisent comme objet de la lutte de classe, au point que la pos­si­bi­lité d’action sur elles appa­raît comme tota­le­ment libre et que leur bou­le­ver­se­ment entrai­ne­rait, de par la liberté de cette action même, celui des rap­ports de pro­duc­tion. Un tel point de vue est natu­rel dans la société capi­ta­liste et se trouve en outre conforté par les formes socia­li­sées du salaire. « Aux yeux de l’individu, la dis­tri­bu­tion appa­raît tout natu­rel­le­ment comme une loi sociale qui fixe sa posi­tion au sein de la pro­duc­tion, c’est-à-dire le cadre dans lequel il pro­duit : elle pré­cède donc la pro­duc­tion. L’individu n’a ni capi­tal ni pro­priété fon­cière de par sa nais­sance : en venant au monde, il est voué au tra­vail sala­rié par la divi­sion sociale. En réa­lité cela tient à ce que le capi­tal et la rente fon­cière sont des fac­teurs indé­pen­dants au sein de la pro­duc­tion. » (Marx, Fon­de­ments…, t. 1, pp. 24 – 25). Dans les formes socia­li­sées du sala­riat c’est pour l’ensemble de la société qu’il appa­raît que la dis­tri­bu­tion pré­cède la pro­duc­tion. « En fait, les rap­ports et modes de dis­tri­bu­tion sont tout bon­ne­ment l’envers des agents de la pro­duc­tion : l’individu qui contri­bue à la pro­duc­tion par son tra­vail sala­rié par­ti­cipe sous le mode du salaire à la dis­tri­bu­tion des pro­duits créés dans la pro­duc­tion. La struc­ture de la dis­tri­bu­tion est entiè­re­ment déter­mi­née par celle de la pro­duc­tion. » (ibid). En éri­geant la dis­tri­bu­tion en pôle absolu de la société c’est-à-dire celui qui en déter­mine toutes les divi­sions et les luttes, on se condamne à en accep­ter toutes les lois, car on n’a pris que « l’envers de la pro­duc­tion » pour l’ensemble des rap­ports sociaux capi­ta­listes. La société sala­riale c’est l’existence de cet « envers » deve­nue « l’ensemble des rap­ports sociaux ».

Vue leur défi­ni­tion, dans le pas­sage de la crise du rap­port sala­rial en crise de la société sala­riale, la classe moyenne se trouve au centre du jeu, plus pré­ci­sé­ment elle n’est pas au cœur du pro­blème (le rap­port d’exploitation), mais de la pra­tique exis­tante actuelle du problème.

Il faut consi­dé­rer toute l’extension et le déve­lop­pe­ment contenu dans le concept d’exploitation : le sala­riat comme rap­port de pro­duc­tion et rap­port de dis­tri­bu­tion ; la dis­tinc­tion entre tra­vail simple et tra­vail com­plexe (consti­tu­tif de la valeur, temps de tra­vail social moyen) – ces deux pre­miers points per­mettent d’introduire struc­tu­rel­le­ment l’importance et la per­ti­nence de la hié­rar­chie des revenu ; la dua­lité de la coopé­ra­tion (le tra­vail sala­rié implique la concen­tra­tion des moyens de pro­duc­tion face à lui dans la pro­duc­tion à grande échelle) ; le tra­vailleur col­lec­tif ; la cir­cu­la­tion de la valeur (A-A’) ; la dis­tinc­tion entre tra­vail pro­duc­tif et impro­duc­tif (qui ne doit pas être sub­stan­tia­li­sée sous la figure de per­sonnes) ; la néces­saire repro­duc­tion du rap­port avec toutes les ins­tances et acti­vi­tés qui lui sont liées. Ce sont toutes ces déter­mi­na­tions intrin­sèques au rap­port entre pro­lé­ta­riat et capi­tal qui non seule­ment seg­mentent le pro­lé­ta­riat mais encore se cris­tal­lisent dans la pro­duc­tion de la classe moyenne et la défi­nissent : ambi­va­lence du salaire, coopé­ra­tion, repro­duc­tion, tra­vail com­plexe (aux­quelles on peut ajou­ter les inégaux niveaux de déve­lop­pe­ment de l’accumulation capi­ta­liste qui viennent sur­dé­ter­mi­ner tout cela). C’est la cris­tal­li­sa­tion sociale de ces déter­mi­na­tions, les ordon­nant de façon par­ti­cu­lière qui, à par­tir d’elles, donnent les classes moyennes.

La société sala­riale est le prin­cipe de cette cristallisation.

Il faut encore que ces élé­ments divers soient recom­po­sés, qu’ils acquièrent entre eux un carac­tère com­mun, qu’ils soient uni­fiés pour défi­nir une classe. Il faut qu’il y ait un prin­cipe de recom­po­si­tion de ces élé­ments qui leur confère une carac­té­ris­tique com­mune et les uni­fie. Ce prin­cipe on le trouve dans la carac­té­ris­tique de la sub­somp­tion réelle d’être la consti­tu­tion du capi­tal en société. On a vu que cette consti­tu­tion en société n’est pas le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, ni même la société capi­ta­liste, sa forme d’apparition c’est la société sala­riale. Pour les classes moyennes, le prin­cipe d’unification est adé­quat aux élé­ments qu’il uni­fie (rap­port de dis­tri­bu­tion, tra­vail com­plexe, coopé­ra­tion, ins­tances de repro­duc­tion, etc.), il ne ren­ferme aucune contra­dic­tion. C’est, pour ces classes, le rap­port sala­rial tel qu’il n’y a pour la force de tra­vail aucune « sor­tie » pos­sible de son échange avec le capi­tal car cet échange n’est plus contra­dic­tion pour lui-même (rap­port entre sur­tra­vail et tra­vail néces­saire). « Cette société, qui a pour ori­gine et fina­lité la valo­ri­sa­tion, devient idéo­lo­gi­que­ment pour les classes moyennes la fin propre du capi­tal : le capi­tal qu’elles repro­duisent exis­te­rait fina­le­ment pour les repro­duire, elles. » (texte de A.C sur les classes moyennes). Peu importe alors que la société sala­riale soit dans chaque aire régio­nale déjà acquise ou en consti­tu­tion plus ou moins réa­li­sable, les classes moyennes des pays émer­gents n’en sont alors que plus entre­pre­nantes. En Egypte la société sala­riale bien enclen­chée (emplois d’Etat, grandes entre­prises natio­nales, embauche auto­ma­tique des diplô­més, enca­dre­ment syn­di­cal, même l’économie infor­melle était plus sala­ria­li­sée qu’aujourd’hui) a été détruite.

La classe moyenne est un car­re­four de la société sala­riale avec ses ascen­sions et ses dégra­da­tions et le constant et rude tra­vail de posi­tion­ne­ment et de hié­rar­chie qui est le sien. La classe moyenne milite pour la repro­duc­tion de la société sala­riale, elle en est l’âme, enté­ri­nant l’autoprésupposition du capital.

En par­tant du salaire comme rap­port de pro­duc­tion et rap­port de dis­tri­bu­tion, on en arrive à l’interclassisme (sur tout cela cf. dans Tel QuelTC 24 -, les pages sur les « Indi­gnés »). Recon­naître l’interclassisme actuel des luttes (Bré­sil, Tur­quie, Egypte, Tuni­sie, Mexique…) ce n’est pas en consé­quence les dis­qua­li­fier, c’est tout d’abord les recon­naître telles qu’elles sont, d’une façon non nor­ma­tive. Il est inutile de dire : « le mou­ve­ment n’est pas suf­fi­sam­ment ceci ou cela » ou « trop ceci ou cela ».

S’il y a inter­clas­sisme cela signi­fie qu’il y a aussi des ouvriers, des chô­meurs, des pré­caires, etc. L’interclassisme n’est pas pour les pro­lé­taires un détour­ne­ment mais le point où, dans cer­taines condi­tions, les amène leurs propres luttes. Il s’agit d’une des formes de la situa­tion géné­rale actuelle de la lutte de classe. Peut-on dire que c’est au tra­vers des conflits internes d’une telle situa­tion, conflits internes à ces mou­ve­ments, que cette situa­tion géné­rale peut deve­nir le fait de faire de l’appartenance de classe comme contrainte exté­rieure l’enjeu même de la lutte (voir le point 3) ?

La limite (ou sim­ple­ment le contenu) essen­tielle qui pour l’instant struc­ture ces mou­ve­ments est que le com­bat sur la repro­duc­tion géné­rale de la force de tra­vail occulte dans les rap­ports de dis­tri­bu­tion la déter­mi­na­tion de ces der­niers par les rap­ports de pro­duc­tion. Par­fois cette limite affleure comme contra­dic­tion interne au mou­ve­ment et dyna­mique de celui-ci. Des moments de rup­ture de l’interclassisme (Egypte, Tuni­sie, l’interclassisme n’est pas évident comme mou­ve­ment com­mun au Bré­sil et en Turquie).

En tant que crise du rap­port sala­rial, la crise actuelle met en mou­ve­ment toutes les couches et classes de la société qui vivent du salaire. Le salaire c’est le prix du tra­vail, forme fétiche néces­saire de la valeur de la force de tra­vail quand, comme dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, on ne tra­vaille pas deux fois (pour le tra­vail néces­saire et pour le sur­tra­vail). Comme prix du tra­vail, le salaire en appelle à l’injustice de la dis­tri­bu­tion, c’est nor­mal[1]. La lutte sur la dis­tri­bu­tion, sur le salaire comme prix du tra­vail est une forme instable. Dans leur géné­ra­lité inter­clas­siste, les mou­ve­ments actuels de par le monde, dans ce qu’ils peuvent avoir de com­mun, dési­gnent simul­ta­né­ment le salaire comme prix du tra­vail, forme de répar­ti­tion, et, de par la même géné­ra­lité, tous les reve­nus comme dépen­dants du tra­vail, ceux de la rente, du pro­fit, de l’intérêt. Le salaire comme prix du tra­vail désigne alors ce qu’il cache : le salaire comme valeur de la force de tra­vail, tra­vail néces­saire, et tous les autres reve­nus comme formes trans­for­mées du sur­tra­vail. « Nous ne paie­rons pas votre crise ». Mais cette dési­gna­tion est encore idéo­lo­gique car ce qui lui per­met d’effectuer cette dési­gna­tion est en même temps le masque de la spé­ci­fi­cité du tra­vail pro­duc­tif (voir la suite dans le point 3).

Quand on parle de salaire la déter­mi­na­tion à par­tir des rap­ports de pro­duc­tion est insuf­fi­sante, il faut éga­le­ment le déter­mi­ner à par­tir des rap­ports de dis­tri­bu­tion dans la mesure où ils s’articulent sur les rap­ports de pro­duc­tion. On ne peut pro­duire le salaire en tant que forme de la dis­tri­bu­tion / consom­ma­tion direc­te­ment et uni­que­ment à par­tir des rap­ports de pro­duc­tion. Si le salaire comme caté­go­rie de la pro­duc­tion déter­mine le salaire comme caté­go­rie de la dis­tri­bu­tion, les deux caté­go­ries ne se recouvrent pas. Il existe une dif­fé­rence entre la classe ouvrière telle qu’elle est défi­nie par la par­ti­ci­pa­tion au revenu social sous la caté­go­rie du salaire, et qui, comme telle, englobe tous les tra­vailleurs pro­duc­tifs et non pro­duc­tifs néces­saires au pro­cès de tra­vail et la classe ouvrière telle qu’elle est déter­mi­née par le salaire comme caté­go­rie de la pro­duc­tion dans le rap­port salaire / plus-value, et qui, comme telle, n’englobe que le tra­vail pro­duc­tif. L’interclassisme est aussi un jeu de sub­di­vi­sion de la classe ouvrière dans l’ambigüité sociale, concrète, du salaire. Et ce jeu des­cend dans la rue, car les struc­tures des­cendent dans la rue, à ce moment là, elles s’appellent des sujets.

L’injustice de la dis­tri­bu­tion a un res­pon­sable qui a « failli à sa mis­sion » : l’Etat. Il s’agit de poli­tique et de dis­tri­bu­tion.

Le moment actuel de la crise que l’on peut défi­nir comme crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale devient une délé­gi­ti­ma­tion du poli­tique : pre­miè­re­ment la crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale est crise des formes de dis­tri­bu­tion et redis­tri­bu­tion dénon­cées au nom d’une vraie poli­tique natio­nale, deuxiè­me­ment elle est une clô­ture de l’avenir per­çue comme ascen­sion sociale et troi­siè­me­ment comme géné­ra­lité de l’attaque sur tous les reve­nus salariaux.

La double décon­nexion entre valo­ri­sa­tion du capi­tal et repro­duc­tion de la force de tra­vail avec la forme spé­ci­fique don­née à la mon­dia­li­sa­tion a entraîné de façon diverse selon les degrés et types de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste des trans­for­ma­tions de l’Etat : ce qu’à la suite de Sas­kia Sas­sen on appel­lera une « déna­tio­na­li­sa­tion de l’Etat » (voir compte rendu Sas­sen). Cet Etat en par­tie déna­tio­na­lisé est entré en crise (carac­tère contre pro­duc­tif de la dis­jonc­tion dans l’identité sous-consommation / sur­ac­cu­mu­la­tion de la crise – TC 24, p.28). Pro­blème de la légi­ti­mité de l’Etat vis-à-vis de sa société comme société sala­riale que celle-ci soit acquise et en crise ou en consti­tu­tion pro­blé­ma­tique (pays émer­gents). La ques­tion de la légi­ti­mité est posée pra­ti­que­ment dans la rue par des socié­tés écra­sées dans l’ensemble de leurs méca­nismes et ins­ti­tu­tions de repro­duc­tion, cet écra­se­ment c’est la crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale, c’est le marasme des luttes dans l’Union Européenne

La citoyen­neté devient une forme idéo­lo­gique dans laquelle est menée la lutte des classes. « La construc­tion de l’appartenance poli­tique en tant que caté­go­rie natio­nale est aujourd’hui vécue sur­tout comme un legs du passé. Le degré de for­ma­li­sa­tion ins­ti­tu­tion­nelle et de den­sité socio-culturelle rend dif­fi­cile l’appréhension de l’historicité de cette construc­tion. Elle est volon­tiers natu­ra­li­sée (…) La natio­na­li­sa­tion du ter­ri­toire et de l’allégeance a donné lieu à une inté­gra­tion du ter­ri­toire géo­gra­phique dans un sys­tème ins­ti­tu­tion­nel com­plexe : le ter­ri­toire est devenu ter­ri­to­ria­lité de l’Etat, et l’identité, citoyen­neté fon­dée sur la nation. » (Sas­sen, E117). Avec le capi­tal, la natio­na­lité est deve­nue l’élément consti­tuant cen­tral de l’institution de la citoyen­neté : l’identification des deux est his­to­rique (E229). Dans la « période for­diste », l’Etat était devenu en outre « la clé du bien-être », c’est cette citoyen­neté qui fout le camp (plein emploi, famille nucléaire, hété­ro­sexua­lité) – E229-233. C’est-à-dire tout un assem­blage social, éco­no­mique et idéo­lo­gique comme for­ma­tage de la vie quo­ti­dienne. La rela­tion des indi­vi­dus à leurs condi­tions réelles d’existence, c’est-à-dire aux rap­ports de pro­duc­tion, n’est jamais une immé­dia­teté dans la mesure où ces rap­ports sont exploi­ta­tion et alié­na­tion. La poli­tique qui ne tient pas compte de cette non immé­dia­teté échoue, c’est la dif­fé­rence entre le « Front de Gauche » et le « Front Natio­nal » et l’avantage du second sur le pre­mier. Si aupa­ra­vant l’identité ouvrière pou­vait ser­vir de ciment et de syn­thèse entre les deux, entre les rap­ports de pro­duc­tion et la non-immédiateté de leur vécu, c’est qu’elle-même était la construc­tion d’une illu­sion idéo­lo­gique jusqu’à faire croire à la super­po­si­tion et l’identité immé­diate entre ces rap­ports et leur vécu. Main­te­nant, c’est l’idéologie qui se cris­tal­lise dans la rela­tion nation-citoyenneté-travail qui est en crise depuis la restruc­tu­ra­tion mais qui est aussi actuel­le­ment revi­vi­fiée, dans la crise actuelle, comme déter­mi­na­tion cris­tal­li­sante des luttes de classes autour de la ques­tion de l’Etat et élé­ment pos­sible d’une restruc­tu­ra­tion pos­sible qui se fait tou­jours « au fil de l’eau », c’est-à-dire d’abord comme bri­co­lage. S signale l’apparition d’une ten­sion entre la citoyen­neté comme sta­tut juri­dique for­mel et la citoyen­neté comme pro­jet nor­ma­tif, comme une aspi­ra­tion : immi­grés, droits des femmes, des tra­vailleurs, des mino­ri­tés natio­nales : des pra­tiques citoyennes qui vont au-delà de la nation. Les termes de la ten­sion sont por­tés par des popu­la­tions dif­fé­rentes dési­gnées comme « peuple » et « élites » (E235-239).

Avec la déna­tio­na­li­sa­tion on a quelque chose qui reste lié au natio­nal, tel qu’il s’est his­to­ri­que­ment construit, qui est pro­fon­dé­ment imbri­qué à lui, mais selon des condi­tions his­to­ri­que­ment nou­velles : c’est socia­le­ment explo­sif si on le relie à la thèse de S sur les « deux classes glo­bales » — très en haut et très en bas – avec une énorme masse cen­trale sur la touche (la lutte des classes c’est un drôle de mer­dier, il faut com­pa­rer la lutte des classes épu­rée et cano­nique dans Le Capi­tal avec les textes his­to­riques de Marx). C’est au sein du natio­nal que s’effectue une grande part du démon­tage de l’Etat-nation his­to­ri­que­ment construit. Ce démon­tage est, pour une grande part, endo­gène au natio­nal et non la consé­quence d’attaques externes. Finie l’évidence selon laquelle le peuple c’est l’Etat et l’Etat c’est le peuple (E362).

Il y a une étroite com­bi­nai­son entre crise du rap­port sala­rial, crise de la mon­dia­li­sa­tion, crise de la société sala­riale, crise de légi­ti­mité et de recon­nais­sance de l’Etat déna­tio­na­lisé, inter­clas­sisme et poli­tique. Cette com­bi­nai­son, ce nœud, c’est le moment actuel de la crise comme lutte des classes.

Des émeutes d’un pro­lé­ta­riat pré­caire et / ou racia­lisé, jusqu’au retour idéal dans cer­taines luttes de l’identité et de l’unité ouvrière, en pas­sant par les révoltes arabes, turques ou bré­si­liennes, sans oublier à l’intérieur de ces mou­ve­ments ou de façon auto­nome les luttes sala­riales, c’est la crise de la géo­gra­phie mon­diale de la glo­ba­li­sa­tion (la tri­par­ti­tion et sa mise en abymes), c’est-à-dire une époque his­to­rique du rap­port d’exploitation et de la lutte des classes, qui se joue par­tout momen­ta­né­ment ( ?), de la Chine au Bré­sil, comme crise du rap­port de l’Etat à « sa société ». Si le pro­blème actuel des luttes de classes de par le monde c’est l’Etat, il ne faut pas croire que cela a tou­jours été le cas : ce n’était pas le cas dans la période « 68 » par exemple (je pense qu’un retour sur cette période serait utile, non pour le plai­sir de l’histoire et de l’encyclopédisme técéiste, mais comme contre-éclairage de la période actuelle).

La poli­tique ou l’Etat pour­raient être la foca­li­sa­tion conjonc­tu­relle de toutes les contra­dic­tions entre les classes et de tous les niveaux de ces contra­dic­tions (c’est-à-dire non pas une crise dans l’autoprésupposition du capi­tal, mais une crise de l’autoprésupposition), mais ce n’est pas pré­sen­te­ment le cas. Ce qui actuel­le­ment unit les classes et les seg­ments de classes dans leurs luttes, ne serait-ce que dans leur conco­mi­tance, c’est la redé­fi­ni­tion de l’Etat. Mal­gré, ou plu­tôt à tra­vers leurs conflits, tout ce qui, dans la phase actuelle, en fait le pro­blème le pré­sente comme la solu­tion. Tant que la crise se jouera à ce niveau, l’enjeu en der­nière ins­tance des luttes sera tou­jours la recon­fi­gu­ra­tion de la mon­dia­li­sa­tion et la recom­po­si­tion de la classe domi­nante dans les­quelles le pro­lé­ta­riat est embar­qué. Embar­qué à tous les niveaux : au niveau du déve­lop­pe­ment inter­clas­siste interne de ses luttes ; mais aussi au niveau de l’extension et de la vio­lence dans le monde des luttes pure­ment et sim­ple­ment reven­di­ca­tives. La classe capi­ta­liste va avoir au tra­vers de ses propres anta­go­nismes à « répondre » à cette situa­tion. Aucune recon­fi­gu­ra­tion de la mon­dia­li­sa­tion, aucune recom­po­si­tion des classes domi­nantes n’est acquise ; l’une et l’autre ne peuvent être que des formes déve­lop­pées d’une restruc­tu­ra­tion du rap­port d’exploitation qui se joue tou­jours comme un bri­co­lage his­to­rique. Il ne faut jamais oublier que la lutte de classe n’est pas une simple réponse à une situa­tion exis­tante don­née (objec­tive), mais une trans­for­ma­tion de cette situa­tion (des « cir­cons­tances » aurait dit Marx contre Feuer­bach) et indis­so­lu­ble­ment une auto­trans­for­ma­tion. Il ne s’agit pas de la fameuse dyna­mique des luttes en elles-mêmes, mais de la dyna­mique du rap­port dans sa tota­lité. Au début de l’année 2013, en Egypte, les manifs et les actions visant les com­mis­sa­riats, les centres de la police défi­nissent l’Etat et le rap­port de classes comme rap­port dis­ci­pli­naire. Mais, en même temps que la lutte contre la répres­sion signi­fie que l’Etat ce n’est pas ça (reven­di­ca­tion d’ordre démo­cra­tique), elle le résume à sa fonc­tion de répres­sion (cf. texte sur la Grèce : « le moment coer­ci­tion »). Le mar­tyr dans son rôle idéo­lo­gique pose l’Etat dans sa fonc­tion cen­trale à laquelle il se résume en sur­plom­bant toutes les autres : l’Etat c’est le gour­din. On est là dans une situa­tion pro­pice à l’existence d’écarts à l’intérieur de la lutte en tant que classe. Le mou­ve­ment se crée ainsi sa propre base et sa propre dyna­mique : la lutte contre la répres­sion et une défi­ni­tion de soi-même et de l’adversaire. A ce moment là où est la reven­di­ca­tion qui est pour­tant le fond social de tout le mou­ve­ment (écart). Van­da­li­ser un com­mis­sa­riat ne reven­dique rien et met à nu la vacuité des séces­sions civiles et des auto­ges­tions urbaines.

La « ten­sion à l’unité » (AC) qui existe il est vrai dans les luttes inter­clas­sistes ne doit pas gom­mer les conflits dans les­quels elle-même existe ni lais­ser sup­po­ser que la réso­lu­tion dans le pro­lé­ta­riat est for­cé­ment don­née, que la jonc­tion de ces luttes est ins­crite en elles, les conflits n’étant que des moments de ce pro­ces­sus de l’unité, de dis­so­lu­tion de la classe moyenne, de dépas­se­ment du stade des émeutes et du fran­chis­se­ment de ce plan­cher de verre que demeure vis-à-vis de la plu­part des. Pour­quoi la classe moyenne n’œuvrerait-elle pas plu­tôt à la vic­toire de la contre-révolution (le texte de Blau­ma­chen – De la Suède à la Tur­quie…- envi­sage cette éven­tua­lité, même si tout le texte se situe dans une pers­pec­tive téléo­lo­gique de la « jonc­tion » et néglige tota­le­ment la lutte des classes comme rap­port) ? Pour­quoi dans la seg­men­ta­tion de la classe ouvrière, sur­tout dans des aires de vaste éco­no­mie infor­melle, la frac­tion plus ou moins stable de la classe ouvrière ne ver­rouille­rait pas ses luttes et les résul­tats qu’elle en espère. Il faut voir pré­ci­sé­ment le rôle et les pra­tiques de la clase moyenne, mais aussi des ouvriers de la région de Gafsa, de l’UGTT, ou des centres tex­tiles du Delta, lors de la mon­tée des mou­ve­ments en Tuni­sie et en Egypte en 2011, puis les posi­tions pra­tiques prises lors des moments de rup­ture de l’interclassisme début 2013 dans ces deux pays. La « dis­so­lu­tion » des seg­men­ta­tions, même si elle est appe­lée « conflits », n’est jamais pré­sup­po­sée dans une « ten­sion à l’unité » dont le conflit ne serait que le mode de réa­li­sa­tion. Dans les luttes, nous avons ou pas cette « ten­sion à l’unité » qui n’est pas un donné de toute lutte, par défi­ni­tion. En outre, cette ten­sion à l’unité ne se dirige pas for­cé­ment d’elle-même dans le sens d’une radi­ca­li­sa­tion de la dis­tinc­tion de classes, elle peut être absor­bée dans la poli­tique comme on l’a vu en Iran en 2009 ou en Egypte entre la vague de grèves de 2006 et le mou­ve­ment de 2011.

Cette crise non seule­ment frappe, entre autres, les classes moyennes et les fait sor­tir dans la rue, mais encore le contenu même de ce moment de la crise fait momen­ta­né­ment des classes moyennes les repré­sen­tant de ce moment sou­vent dans une jonc­tion conflic­tuelle avec chô­meurs et pré­caires. Jonc­tion conflic­tuelle ou paral­lé­lisme comme il semble que cela ce soit passé au Bré­sil ou en Tur­quie (on peut se poser la ques­tion : la com­mu­nauté de luttes est loin d’être évi­dente au Bré­sil, Tur­quie ou Mexique, mal­gré une conco­mi­tance tem­po­relle.). Le pro­blème cen­tral demeure celui du plan­cher de verre de la pro­duc­tion. Non pas qu’il n’y ait pas de grèves, de mou­ve­ments reven­di­ca­tifs ouvriers vio­lents ou non, vic­to­rieux ou pas, mais jamais, semble-t-il, ces mou­ve­ments ne s’articulent dans une syner­gie avec les « mou­ve­ments sociaux » dont ils sont pour­tant la toile de fond per­ma­nente et néces­saire (toute étude un peu fine de ce qui se passe ou s’est passé en Tuni­sie, Egypte, Libye, Bré­sil, Tur­quie, etc. le montre). Que ce soit dans les mou­ve­ments inter­clas­sistes, dans les luttes demeu­rant spé­ci­fi­que­ment ouvrières (Ben­gla­desh, Afrique du Sud, Chine…) ou les émeutes, c’est tou­jours le fait de lut­ter en tant que classe que l’on trouve comme limite de la lutte de classes, mais jamais l’appartenance de classe comme contrainte exté­rieure n’est por­tée au niveau de l’enjeu de la lutte (pour cette dis­tinc­tion, cf. Le Moment actuel, Sic 1, p.119).

Je disais qu’inexorablement la situa­tion actuelle (de la spé­ci­fi­cité de la crise actuelle à la crise de la tri­par­ti­tion, à la crise de la mon­dia­li­sa­tion, à la crise des Etats, à la recom­po­si­tion des classes domi­nantes) amène à s’attaquer au cœur du pro­blème : le rap­port d’exploitation (parce que les néces­saires « restruc­tu­ra­tions » pré­cé­dentes n’en sont que des formes déve­lop­pées). Mais ni du côté du pro­lé­ta­riat, ni du côté de la classe capi­ta­liste ce sera une déci­sion stra­té­gique comme dans une guerre clau­se­wit­zienne on décide de la bataille déci­sive. Ce pas­sage néces­saire au cœur du pro­blème c’est après le déve­lop­pe­ment de la crise comme crise du rap­port sala­rial en crise de la société sala­riale, son pas­sage en crise de la valeur (pas­sage non fortuit).

3) De la crise de la société sala­riale à la crise de la mon­naie et la crise de la valeur

Tout était lié : la double décon­nexion, l’asystémie de la reven­di­ca­tion et l’alimentation per­ma­nente en liquidités.

Sur ce pas­sage de la crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale : cf. Le Moment actuel (Sic 1, pp. 110−111−112)

« C’est une crise du rap­port sala­rial : comme capa­cité de valo­ri­sa­tion du capi­tal ; capa­cité de repro­duc­tion de la classe ouvrière. C’est pour ne pas lais­ser les formes d’apparition au bord du che­min et pour spé­ci­fi­que­ment dési­gner la crise actuelle qu’il est néces­saire d’unifier la théo­rie des crises. Il s’agit d’une crise où s’affirme l’identité de la sur­ac­cu­mu­la­tion et de la sous-consommation, crise du rap­port sala­rial et de l’implication réci­proque entre le tra­vail et le capi­tal, crise dans laquelle le pro­lé­ta­riat se trouve confronté contre et dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste à sa propre exis­tence et action en tant que classe comme limite à dépasser.

En dehors du concept de « crise finale du capi­ta­lisme », qui est théo­ri­que­ment dénué de sens, on peut cepen­dant s’interroger sur la nature de cette crise : avons-nous affaire à la crise finale de cette phase d’accumulation ? On peut s’avancer à répondre que non.

Il s’agit bien d’une crise struc­tu­relle de cette phase d’accumulation, crise struc­tu­relle que nous qua­li­fions spé­ci­fi­que­ment de crise du rap­port sala­rial. Mais cette crise struc­tu­relle pré­pare une crise de la créa­tion moné­taire (crise du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste ayant les formes spé­ci­fiques de la phase d’accumulation carac­té­ri­sée par la finan­cia­ri­sa­tion de la valo­ri­sa­tion et les modi­fi­ca­tions moné­taires struc­tu­relles ini­tiées en 1971) qui, dans la crise du rap­port sala­rial dans laquelle elle s’inscrit, conserve et dépasse cette der­nière en deve­nant crise de la valeur. Crise de l’activité humaine comme commensurable.

Crise de la créa­tion moné­taire et crise du rap­port sala­rial se construisent réci­pro­que­ment l’une dans l’autre. Dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, la valeur n’est la forme sociale géné­ra­li­sée des pro­duits dans l’échange que parce qu’elle est valeur en pro­cès, parce qu’elle ne se perd jamais grâce à l’échange avec la force de tra­vail. La crise de la créa­tion moné­taire, crise de la mon­naie comme forme auto­no­mi­sée de la valeur, n’est pas seule­ment une crise de la cir­cu­la­tion, une crise des échanges, mais une crise de l’échange de mar­chan­dises en tant que ces mar­chan­dises sont capi­tal, c’est-à-dire sont por­teuses de plus-value, de temps de tra­vail excé­den­taire. Une crise de la créa­tion moné­taire adve­nant his­to­ri­que­ment comme crise du rap­port sala­rial ou une crise du rap­port sala­rial comme crise moné­taire est une crise de la valeur comme capi­tal ou du capi­tal comme valeur, c’est-à-dire, en syn­thèse, une crise de la valeur en pro­cès : la seule crise de la valeur. Cette conjonc­tion n’était pas ins­crite de toute éter­nité dans le concept de capi­tal mais advient comme crise d’une phase spé­ci­fique du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. L’unité, comme crise de la valeur, de la crise de la créa­tion moné­taire inté­grant la crise du rap­port sala­rial désigne alors, en tant que crise de la valeur, le capi­tal comme contra­dic­tion en pro­cès comme son contenu his­to­rique concret. Etre une contra­dic­tion en pro­cès est pour le capi­tal sa dyna­mique même, mais cette dyna­mique devient, sai­sie dans les carac­té­ris­tiques immé­diates de cette crise, la contra­dic­tion du jeu qui abo­lit sa règle. » (op. cit).

Je pren­drai ici quelques exemples récents dans la presse :

A pro­pos des hési­ta­tions de la Fed à sor­tir de sa poli­tique de « quan­ti­ta­tive easing » : « La sor­tie de crise est, par nature, un exer­cice semés d’embûches pour les banques cen­trales. En 1994, la Fed avait pro­vo­qué un krach obli­ga­taire en rele­vant ses taux direc­teurs trop vite. En 2000, après l’explosion de la bulle Inter­net, elle les conserva, à l’inverse, à des niveaux très faibles pen­dant trop long­temps. Com­bi­nés à la déré­gle­men­ta­tion finan­cière, ces taux bas ont fourni le car­bu­rant du choc des sub­primes. Le retour à la nor­male sera cette fois plus déli­cat encore à pilo­ter. Contrai­re­ment aux crises pré­cé­dentes, les banques cen­trales ont déployé une pano­plie d’outils non conven­tion­nels inédits pour relan­cer l’économie : prêts mas­sifs aux éta­blis­se­ments finan­ciers, achat de titres dou­teux, injec­tions de liqui­di­tés. “Elles ont pris des mesures d’une ampleur inima­gi­nable avant la crise” a confié au Monde (15−16 sep­tembre) Jean-Claude Tri­chet, l’ex-président de la BCE. “Per­sonne ne sait com­ment elles pour­ront s’en sor­tir : elles com­met­tront for­cé­ment des erreurs”, redoute Charles Wyplosz, à l’Institut de hautes études de Genève. Le pre­mier défi sera, pour la Fed, de réduire le rythme de ses achats de dette amé­ri­caine, cré­dits titri­sés et autres billets de tré­so­re­rie (85 mil­liards de dol­lars par mois, soit 63,6 mil­liards d’euros). Sur­tout, elle devra ensuite les revendre afin de reti­rer les cen­taines de mil­liards de liqui­di­tés qu’elle a injec­tées dans le sys­tème depuis 2008. Pro­blème : en remet­tant ces actifs sur le mar­ché, elle en fera méca­ni­que­ment bais­ser le prix. Ce qui dépré­ciera d’autant le bilan des nom­breux fonds et banques qui en détiennent, expo­sant les plus fra­giles à la faillite. Avant de se lan­cer, la Fed devra s’assurer que les éta­blis­se­ments finan­ciers seront assez solides pour épon­ger les pertes. » (Le Monde, 17 sep­tembre 2013).

Le Monde du 25 sep­tembre 2013, sous le titre : « La BCE prête à voler de nou­veaux au secours des banques » : « Le pré­sident de l’autorité moné­taire se pré­oc­cupe en par­ti­cu­lier du manque de liqui­di­tés dans le sys­tème, ce car­bu­rant essen­tiel à la crois­sance. L’inondation d’argent frais à laquelle a pro­cédé la BCE en décembre 2011 et février 2012, avec l’octroi de 1000 mil­liards d’Euros de prêts à long terme (entre un et trois ans) et à très bon mar­ché – les LTRO – ne fait plus effet (il n’y a jamais eu d’effets, nda). Les banques rechignent à accor­der des cré­dits aux ménages et aux entre­prises. “Les mar­chés pour­raient réagir”, s’alarme Mario Dra­ghi, qui se dit “prêt à uti­li­ser tout ins­tru­ment, y com­pris un nou­veau LTRO si néces­saire”. Un nou­veau déblo­cage de ces cré­dits accor­dés aux banques à un coût déri­soire pour­rait, selon la BCE, sou­la­ger les éta­blis­se­ments finan­ciers encore mal en point, en par­ti­cu­lier à Rome, Madrid, Lis­bonne et Athènes. (…) Mais de l’avis de nombre d’analystes, c’est sur­tout le rem­bour­se­ment en cours des pré­cé­dents LTRO qui com­plique la tâche des banques. Elles ne sont pas encore assez solides pour se finan­cer sans cette perfusion. »

Nous en sommes au point où une aug­men­ta­tion des liqui­di­tés ne fait plus rien repar­tir au tra­vers du cré­dit car celui-ci est blo­qué. Il est blo­qué non seule­ment parce que les banques se retrouvent avec des bilans catas­tro­phiques du fait de mil­liards d’actifs qui ne valent qua­si­ment plus rien, mais aussi du fait que la baisse des taux se trans­forme en « trappe à liqui­di­tés » comme cela avait été le cas au Japon durant les années 1990. La grande ori­gi­na­lité de cette crise vis-à-vis de la longue suite de celles qui l’avaient pré­cé­dée est d’avoir tou­ché le fon­de­ment même de la confi­gu­ra­tion d’accumulation mise en place depuis la fin des années 1970. C’est pour cela, parce que le fon­de­ment même est tou­ché, que l’abondance de liqui­di­tés que les banques cen­trales s’efforcent de réta­blir reste inves­tie en liqui­di­tés ou quasi liqui­dité : les emprunts d’Etat dits « sans risques », sans effet de sou­tien à l’économie réelle. La trappe à liqui­dité est défi­nie par un taux d’intérêt nomi­nal s’approchant ten­dan­ciel­le­ment de zéro : le taux d’intérêt réel peut être néga­tif en période de forte infla­tion, mais jamais le taux d’intérêt nomi­nal ne peut l’être, ni même égal à zéro. Mais le même phé­no­mène peut éga­le­ment exis­ter comme défla­tion : les prix baissent, les taux d’intérêt ne peuvent suivre, c’est-à-dire des­cendre en des­sous de zéro, donc le taux d’intérêt réel demeure élevé ou menace de l’être, c’est la trappe à liqui­di­tés. Il est actuel­le­ment impos­sible de déter­mi­ner si la crise de la mon­naie et de la valeur sera infla­tion ou déflation.

Dans cette situa­tion plus per­sonne n’emprunte, plus per­sonne ne prête, et tous les agents remettent leur achats à plus tard. Les poli­tiques moné­taires deviennent inef­fi­caces, l’abondance de liqui­di­tés ne sert plus à rien. Mais les banques cen­trales ayant pris en réserves des mon­tagnes d’actifs pour­ris (« toxiques »), c’est leur propre « cré­di­bi­lité » qui est d’une fra­gi­lité extrême. C’est là la pro­chaine crise qui équi­vau­dra alors à un lock-out mon­dial du fait que nous n’aurons plus « seule­ment » une crise du rap­port sala­rial, mais une crise mon­diale de la valeur elle-même. Pour ce qui est de la crise actuelle, le pas­sage par une réduc­tion des défi­cits et donc une réduc­tion des liqui­di­tés, c’est-à-dire une défla­tion et une longue dépres­sion, est inévi­table. Cela signi­fie pour res­tau­rer le taux de pro­fit : déva­lo­ri­sa­tion du capi­tal, accrois­se­ment du chô­mage, baisse de la part sala­rial, ren­for­ce­ment des pays à bas salaires dans la pro­duc­tion mon­diale pris dans l’étau de leur avan­tage com­pa­ra­tif (les bas salaires) et de la néces­sité de déve­lop­per leur mar­ché inté­rieur. Dans la crise pré­sente, la baisse du taux de pro­fit est une crise de la réa­li­sa­tion (et non se mani­feste comme crise de la réa­li­sa­tion : Mattick-senior) dont la réso­lu­tion par la res­tau­ra­tion du taux de pro­fit ne peut admettre comme consé­quence de cette res­tau­ra­tion son effet « natu­rel » d’augmentation de la masse sala­riale sans remettre en cause toutes les carac­té­ris­tiques de la restruc­tu­ra­tion ini­tiée au début des années 1970. Nous ne revien­drons pas en arrière. C’est le rap­port sala­rial et même l’implication réci­proque entre pro­lé­ta­riat et capi­tal qui est ici en jeu.

C’est parce que de bulle en bulle, c’est le rap­port sala­rial qui est main­te­nant au cœur de la crise actuelle (la fin de la séquence inau­gu­rée par la crise asia­tique qui a mar­qué un tour­nant dans l’organisation de la mon­dia­li­sa­tion) que cette bulle-là a pris les dimen­sions que nous lui connais­sons et que le méca­nisme de la relance par un relâ­che­ment du cré­dit ne joue plus.

« Ce méca­nisme au nom bar­bare (LTRO) consiste pour l’institut de Franc­fort, à accor­der un cré­dit à bas coût aux banques afin de les aider à se finan­cer. Mais, sur­tout, dans l’espoir qu’elles prêtent cet argent aux ménages et aux entre­prises, sou­te­nant ainsi la reprise. La BCE l’a déjà mis en œuvre en décembre 2011 et février 2012, à hau­teur au total de 1000 mil­liards d’euros. Si elle y songe à nou­veau, c’est parce que les effets des deux pré­cé­dents LTRO, que les banques doivent désor­mais rem­bour­ser, s’estompent. Et cela, alors même que ces lar­gesses n’ont pas pro­fité à l’économie. Pis, le cré­dit au sec­teur privé dans la zone euro est en chute libre depuis avril 2012 » (Le Monde, 26 sep­tembre 2013).

La ques­tion est de savoir quelles sont les contra­dic­tions de classes qui peuvent se nouer dans une crise de la valeur ou quelles sont les contra­dic­tions de classes qui se nouent comme crise de la valeur. Là nous entrons dans les démarches pros­pec­tives et déduc­tives tou­jours déli­cates et risquées.

a) Rup­ture de l’interclassisme mais impos­si­bi­lité de déduire le sens de cette rup­ture : mesures de com­mu­ni­sa­tion inté­gra­trice ; exa­cer­ba­tion de l’antagonisme entre classe moyenne et classe ouvrière ; alliance natio­na­liste de la bour­geoi­sie et d’une classe ouvrière stable contre tous les seg­ments du pro­lé­ta­riat assi­milé à des sur­nu­mé­raires et / ou des étrangers.

b) Affir­ma­tion de la cen­tra­lité du tra­vail pro­duc­tif et fran­chis­se­ment du plan­cher de verre mais cela peut par­tir dans tous les sens (cf. a). Que la contra­dic­tion entre les classes (l’exploitation) revienne sur elle-même, sur sa propre condi­tion (Le moment actuel, pp.138 – 139) n’implique pas néces­sai­re­ment son dépas­se­ment. On peut défi­nir dans les contra­dic­tions du MPC, le che­min de la révo­lu­tion mais ce n’est pas un che­min nécessaire.

c) La géné­ra­lité de la situa­tion atta­quée (celle de pro­lé­taire) n’est plus pri­son­nière de la par­ti­cu­la­rité des acteurs en lutte, la forme par­ti­cu­lière étant la pos­si­bi­lité même d’existence du contenu géné­ral (TC 24, p.40). Mais c’est la forme géné­rale (la crise de la valeur) qui est la pos­si­bi­lité de toutes les formes par­ti­cu­lières de luttes.

En résumé « l’unité de rup­ture » comme conjonc­ture est une auto­créa­tion de la lutte des classes.

Annexes

Pour que ce soit bien, il fau­drait que les deux annexes qui suivent (Emeutes Egypte et Notes sur la Tur­quie) soient inté­grées dans la par­tie 2 du texte.

A)

Emeutes Egypte, début 2013

Quelle est la situation ?

Une situa­tion de rup­ture de l’interclassisme (qui était recom­po­si­tion de la lutte des classes dans l’instance poli­tique) sans qu’aucune des classes en pré­sence ne par­vienne à foca­li­ser les conflits sur une ins­tance du mode de production :

  • une lame de fond des grèves et reven­di­ca­tions ouvrières depuis l’élection de Morsi (juin 2012) c’est abso­lu­ment la base de ce qui se passe.
  • la recom­po­si­tion de la classe domi­nante enta­mée (amor­cée) qui dis­joint les classes moyennes de la reven­di­ca­tion ouvrière
  • un mou­ve­ment ouvrier reven­di­ca­tif qui cherche un inter­lo­cu­teur en même temps que son action déni à l’Etat actuel cette qua­lité d’interlocuteur (c’est dans ce jeu qu’il faut com­prendre l’auto-organisation).
  • Une « jeu­nesse édu­quée » rava­gée par le chô­mage (en Egypte, le taux de chô­mage est pro­por­tion­nel au niveau de diplôme) prise au piège de la géné­ra­lité qu’elle pour­rait repré­sen­ter et qu’elle s’imagine repré­sen­ter (la poursuite-achèvement de la révo­lu­tion, le véri­table Etat indé­pen­dant) rame­née au niveau de ses inté­rêts par­ti­cu­liers comme modes de vie et morale (Port Saïd est un bas­tion ouvrier et salafiste).
  • La place des femmes qui avait scellé le consen­sus poli­tique social et éco­no­mique sur les valeurs de dignité, d’honnêteté et de nation est rede­venu un enjeu vio­lem­ment réaf­firmé du côté de l’Etat. Le pro­blème est de savoir si cet affron­te­ment demeure une ques­tion par­ti­cu­lière de « mœurs » où si elle est sus­cep­tible de foca­li­ser de nom­breuses contra­dic­tions (faire sau­ter le consen­sus poli­tique et la « recon­nais­sance ouvrière »)
  • Dire qu’en Egypte, l’armée n’a jamais quitté le pou­voir, c’est facile, c’est le genre de for­mule qui n’est jamais fausse, jamais vraie et qui n’explique rien. L’armée s’est oppo­sée au libé­ra­lisme du fils Mou­ba­rak et à ses réformes, et à la poli­tique, elle aussi, très libé­rale des Frères. C’est le bor­del, ce qu’il fait avant tout à l’armée c’est réta­blir l’ordre que les Frères étaient deve­nus inca­pable d’assurer (elle a l’avantage d’entrer en réson­nance avec cer­tains « révo­lu­tion­naires » de 2011 et les centre ouvriers publics du Delta (ça peut dif­fi­ci­le­ment durer). Les « révo­lu­tion­naires de 2011 » (y com­pris les foot­bal­leurs) se sont enfer­més (lais­sés enfer­més ?) dans l’instance cultu­relle qui n’a jamais foca­lisé la situa­tion : mal­gré la ques­tion des femmes au centre de la construc­tion de la société civile. L’avant-garde des classes moyennes qui pour­rait por­ter quelque chose se trouve enfer­mée dans l’instance cultu­relle (modes de vie) qui pour l’instant ne foca­lise rien (cela n’avait pas été le cas en 2009 en Iran après l’élection pré­si­den­tielle tru­quée). Le pro­blème demeure celui de la société civile et la reli­gion sera tou­jours la momen­ta­née et fra­gile solu­tion. De toute façon, l’armée demeure un pro­prié­taire col­lec­tif et natio­nal qui devra éclater.

Aussi bien du côté de la classe bour­geoise cher­chant sa recom­po­si­tion que du côté de la classe ouvrière : une situa­tion en attente de son ins­crip­tion natio­nale dans le cours mon­dial de la valo­ri­sa­tion et pro­dui­sant ce dont elle est en attente.

Mais cette dyna­mique n’a pas les moyens internes de s’imposer, d’aboutir Aussi bien de par la taille, l’Egypte n’est pas la Chine ou le Bré­sil, que de par l’histoire anté­rieure de sa place dans le sys­tème , l’Egypte n’est pas inté­rieu­re­ment coin­cée dans la contra­dic­tion des capi­ta­lismes émer­gents entre d’une part leur rôle fonc­tion­nel — expor­ta­tion, main-d’œuvre - dans le sys­tème qui s’effondre et, d’autre part, leur propre déve­lop­pe­ment acquis qu’il ne peuvent encore faire valoir pour lui-même. Ce n’est que l’hypothétique restruc­tu­ra­tion issue de la crise actuelle (appe­lée par ce type de situa­tion, comme au foot­ball on appelle le bal­lon) qui pour­rait assi­gner sa place aux rap­ports entre bour­geois et pro­lé­taires en Egypte. D’ici là, c’est-à-dire la situa­tion actuelle : une situa­tion blo­quée, en attente (le « en attente » n’est pas une téléo­lo­gie, une défi­ni­tion par rap­port au but, mais par rap­port au mou­ve­ment réel­le­ment amorcé). L’ancien ne peut plus être et le nou­veau en ges­ta­tion ne peut abou­tir de lui-même (de façon endogène).

La limite alors de l’activité ouvrière c’est l’auto-organisation qui s’entretient elle-même comme reven­di­ca­tion déniant à l’Etat sa qua­lité d’interlocuteur, comme base sans pers­pec­tive de la confron­ta­tion avec l’Etat. L’auto-organisation est, dans l’activité ouvrière, l’expression de cette situa­tion blo­quée. Mais cette auto-organisation est alors une pos­si­bi­lité d’écarts.

L’interclassisme est remis en selle de façon contra­dic­toire. La poli­ti­sa­tion (agenda et tempo poli­tique : thème de la « révo­lu­tion inache­vée » et de « l’appropriation de l’Etat par les Frères ») de la reven­di­ca­tion ouvrière n’est pas en soi inter­clas­siste, mais elle n’a comme pers­pec­tive que de tendre à le deve­nir face à une recom­po­si­tion inabou­tie de la classe domi­nante (le reli­gieux était la marque de la dif­fi­culté et de la fra­gi­lité de cette recom­po­si­tion pas­sant par la créa­tion d’une rela­tion Etat / société civile) parce qu’elle dénie pour cela (la recom­po­si­tion inabou­tie) à l’Etat actuel son rôle d’interlocuteur. En deve­nant révolte civile, l’auto-organisation est alors la résul­tante de ce jeu de forces.

Le maillon le plus faible de la phase anté­rieure du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste se trouve à mani­fes­ter le pre­mier la crise de cette phase.

Ne pas consi­dé­rer la situa­tion actuelle, tant la classe domi­nante et sa recom­po­si­tion inache­vable que le pro­lé­ta­riat et son auto-organisation seule­ment comme moment en attente de la recon­nais­sance de la classe ouvrière comme un acteur de la société civile, ne pas la consi­dé­rer seule­ment comme une sorte de blo­cage, mais consi­dé­rer, pré­ci­sé­ment pour ces rai­sons là, la situa­tion actuelle comme appa­ri­tion d’écarts dans la lutte de classe : les impasses de l’auto-organisation, qui s’appelle elle-même déso­béis­sance civile, dans sa confron­ta­tion néces­saire avec l’Etat : être recon­nue (société civile) / dénier la qua­lité de « recon­nais­seur » à l’Etat auquel on s’adresse parce qu’il n’est objec­ti­ve­ment pas à même d’être ce « recon­nais­seur ». La lutte en tant que classe se ren­voie à elle-même sa propre exis­tence comme limite d’elle-même.

Dans la lutte des classes actuelle, quatre ins­tances se dis­putent la domi­nante : l’économique, le social, le poli­tique, l’idéologie.

Encore que, le poli­tique semble tou­jours tenir la corde sur la base d’un inter­clas­sisme contra­dic­toire et fra­gile (le fond actuel de tout ce qu’il se passe c’est la lutte ouvrière). Cepen­dant, per­sonne, y com­pris les BB ne dépasse la pers­pec­tive de lutte démo­cra­tique dont l’anarchisme n’est ici qu’une forme idéale : « Et nous avons annoncé notre révo­lu­tion à par­tir d’aujourd’hui à la Place Tah­rir jusqu’à ce que l’Egypte et son peuple obtiennent leurs droits ! Vie digne, Liberté et Jus­tice sociale ! » (Décla­ra­tion du Black Blo­cairo). L’Etat reste le seul hori­zon des luttes mais plus comme il y a deux ans : la rup­ture de l’interclassisme est depuis quelque temps dans les tuyaux.

Ajouts

1 )

Après Bah­reïn et le Yémen, la Libye pré­sente un troi­sième cas de mise sous tutelle et de contrôle des révoltes arabes. Dans le cas de Bah­reïn, l’intervention saou­dienne était un pro­ces­sus de trans­for­ma­tion des contra­dic­tions sociales en contra­dic­tions à la fois régio­nales et confes­sion­nelles entre l’Iran et le Conseil de coopé­ra­tion du Golfe. Mais comme au Yémen avec l’intervention des tri­bus, il serait faux de ne voir là qu’un détour­ne­ment ou un masque quand il s’agit d’une refor­mu­la­tion. Il faut tou­jours consi­dé­rer que dans les crises qui tra­versent tous les Etats de la région ce qui est en jeu dans les contra­dic­tions sociales, y com­pris dans les grèves et reven­di­ca­tions ouvrières, c’est la légi­ti­mité de l’Etat. Par­tout les sou­lè­ve­ments et reven­di­ca­tions éco­no­miques sont indis­so­cia­ble­ment poli­tiques et com­prennent elles-mêmes leur insa­tis­fac­tion et / ou leur échec comme la marque de leur mar­gi­na­li­sa­tion vis-à-vis d’un Etat étran­ger à sa propre société. Durant les années 2011 et 2012, c’est-à-dire pen­dant les deux pre­mières années de ces révo­lu­tions, divers pro­ces­sus élec­to­raux, une arti­cu­la­tion de l’Etat et de la société civile au tra­vers des for­ma­tions poli­tiques reli­gieuses et de leur capa­cité idéo­lo­gique d’organisation sociale, l’amorce d’une recom­po­si­tion de la classe domi­nante, avaient réussi une fra­gile syn­thèse des aspi­ra­tions des diverses classes mobi­li­sées contre les anciens régimes poli­tiques. Syn­thèse intrin­sè­que­ment fra­gile, mais en outre momen­ta­née, dans la mesure où cette réor­ga­ni­sa­tion des rap­ports entre l’Etat, la société civile et la classe domi­nante dans sa recom­po­si­tion, appa­raît dans ces for­ma­tions sociales capi­ta­listes péri­phé­riques comme ne pou­vant trou­ver, dans ces for­ma­tions sociales mêmes, la dyna­mique et le prin­cipe de son propre achè­ve­ment qui est sus­pendu à une hypo­thé­tique restruc­tu­ra­tion du cycle mon­dial de la valo­ri­sa­tion capi­ta­liste dont ces for­ma­tions sociales ne sont pas mai­tresses. Mal­gré toutes les contra­dic­tions appa­rues depuis, la répres­sion libyenne mena­çait cette dyna­mique poten­tiel­le­ment posi­tive à terme dans le pro­cès mon­dial de valo­ri­sa­tion du capital.

C’est cet impos­sible abou­tis­se­ment endo­gène des révo­lu­tions arabes, aussi bien du côté de la recom­po­si­tion de la classe domi­nante que du pro­lé­ta­riat (lui-même embar­qué dans cette recom­po­si­tion), qui se module selon toute une palette dont les nuances vont de l’élimination de l’ancien régime entrai­nant la rup­ture de l’interclassisme comme en Egypte et en Tuni­sie au début de l’année 2013, jusqu’à la répres­sion (avec l’aval amé­ri­cain et euro­péen) de tout chan­ge­ment comme à Bah­reïn, en pas­sant par l’autotransformation de la classe domi­nante comme au Yémen, ou le contrôle mili­taire direct par les grandes puis­sances occi­den­tales de l’effondrement et de la recons­truc­tion d’un Etat failli comme en Libye. C’est dans tous les cas l’impossibilité, pour les révo­lu­tions arabes, de résoudre de façon endo­gène les contra­dic­tions qui leur ont donné nais­sance qui se manifeste.

L’intervention mili­taire occi­den­tale en Libye met sous contrôle, sous tutelle, la révo­lu­tion mais ne s’y super­pose pas de façon exté­rieure. Elle rend seule­ment mani­feste, dans la situa­tion libyenne, une situa­tion géné­rale des révo­lu­tions arabes, inca­pables d’atteindre leur propre but en dehors d’une restruc­tu­ra­tion géné­rale de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste (en fait de la restruc­tu­ra­tion des moda­li­tés de l’exploitation du pro­lé­ta­riat par le capi­tal au niveau mon­dial). Cette impos­si­bi­lité se retourne contre elles : soit dans la rup­ture de l’interclassisme par lequel elles se com­pre­naient elles-mêmes et qui était leur dyna­mique et la consti­tu­tion / jus­ti­fi­ca­tion de leur but poli­tique (Tuni­sie, Egypte) ; soit sous la forme d’une répres­sion immé­diate (Bah­reïn), soit dans l’autotransformation de la classe domi­nante au plus près de la révo­lu­tion (Yémen), soit par leur mise sous tutelle (Libye). Quand il s’agit d’un pays aux res­sources pétro­lières et gazières aussi impor­tantes que la Libye, cette der­nière moda­lité du retour­ne­ment est la moins aléa­toire pour les Etats cen­traux du capi­ta­lisme mondial.

2)

La crise mon­diale s’est décli­née à par­tir de 2011 de façon spé­ci­fique au Magh­reb et au Machrek comme crise de l’articulation ren­tière au cycle mon­dial de la valo­ri­sa­tion du capi­tal : indis­so­cia­ble­ment crise éco­no­mique et crise poli­tique. L’Etat étant à la fois l’organe cen­tral de la trans­for­ma­tion en géné­ra­trices de rentes des acti­vi­tés s’articulant mon­dia­le­ment et une offi­cine sou­mise à des inté­rêts par­ti­cu­liers qui le dominent. La crise de ce type de valo­ri­sa­tion et d’articulation mon­diale a posé la ques­tion de la légi­ti­mité de l’Etat en tant que trans­for­ma­tion des inté­rêts par­ti­cu­liers de la classe domi­nante en inté­rêt uni­ver­sel : la ques­tion de l’Etat et de la créa­tion d’une société civile. C’est par là que les luttes de classes sont deve­nues inté­rieu­re­ment (selon les inté­rêts et objec­tifs de chaque classe) inter­clas­sistes. Mais, dans chaque pays de la région, cette décli­nai­son de la crise mon­diale a pris elle-même un tour particulier.

3)

La force d’une contre-révolution ne se mesure pas à la capa­cité à sup­pri­mer tous les conflits ni même seule­ment à les faire taire, mais à la capa­cité à four­nir une réponse à la révolte qui enlève aux classes qui conti­nuent la lutte toute pers­pec­tive de faire valoir leurs inté­rêts par­ti­cu­liers comme inté­rêt social universel.

Sous le même terme de « contre-révolution », nous sommes ame­nés à dési­gner deux choses dif­fé­rentes : pre­miè­re­ment, un mou­ve­ment qui est le retour­ne­ment contre le sou­lè­ve­ment de ses propres limites et qui est le pro­duit de ce sou­lè­ve­ment, qui s’enracine en lui, repré­senté, par exemple, en Egypte par les Frères musul­mans ; deuxiè­me­ment un pro­ces­sus visant à un pur et simple retour ou main­tien du statu quo ante sous des formes par­fois légè­re­ment rema­niées et qui s’oppose donc non seule­ment au sou­lè­ve­ment lui-même, mais encore aux trans­for­ma­tions sociales et poli­tiques que contre lui-même il a pro­duit. Même si l’islamisme poli­tique en Tuni­sie et en Egypte est vis-à-vis des mani­fes­ta­tions, émeutes, grèves, reven­di­ca­tions des sou­lè­ve­ments depuis 2011 la forme de leur contre-révolution, les monar­chies du Golfe n’en veulent pas, car ce pro­jet de recom­po­si­tion heurte de front leurs inté­rêts éco­no­miques et poli­tiques. Cela n’empêche que l’Egypte ne peut se pas­ser de l’argent saou­dien, ni l’Arabie saou­dite se cou­per de la pre­mière puis­sance arabe de la région. Cela n’empêche pas éga­le­ment l’émir du Qatar, méfiant vis-à-vis de son voi­sin saou­dien, de sou­te­nir les Frères.

Mal­gré le lan­gage reli­gieux qui pré­side à la recom­po­si­tion des classes domi­nantes dans la région Moyen-Orient / Afrique du nord, les monar­chies du Golfe et les royau­tés maro­caine et jor­da­nienne sont au centre de l’opposition et du com­bat contre l’extension de ces révoltes. De par leur mode d’ancrage inter­na­tio­nal, leur com­po­si­tion sociale, leur mode d’enrichissement, ces monar­chies se trouvent être la pro­chaine cible et sont au cœur de la « contre-révolution ». La connexion d’intérêts de groupes sociaux divers qui assu­rait leur base sociale et leur légi­ti­mité est mena­cée d’éclatements : milieux d’affaires ser­vant d’intermédiaires inter­na­tio­naux aussi bien pour les zones franches de Jor­da­nie que pour les inves­tis­seurs occi­den­taux ou japo­nais en Ara­bie saou­dite, com­mer­çants mono­po­li­sant les biens d’importation, pay­sans, chefs de tri­bus, oulé­mas. Une démo­cra­ti­sa­tion de ces régimes nui­rait non seule­ment direc­te­ment aux familles royales mais aussi à leurs clien­tèles rotu­rières. Le mou­ve­ment de la « contre-révolution » dont les monar­chies se trouvent être le centre, bien que s’initiant dans la consti­tu­tion interne de leur pou­voir et de leur base sociale, consiste à trans­for­mer des contra­dic­tions sociales en espace de confron­ta­tion inter­na­tio­nale (Syrie).

B)

SUR LA TURQUIE

Qu’est-ce qui pousse les gens dans la rue? Il s’agit bien des gens non seule­ment dans le sens de l’interclassisme comme addi­tion, mais les gens comme ensemble com­mun. C’est le “capi­ta­lisme agres­sif”, comme il est dit dans un des récits. Ce “capi­ta­lisme agres­sif” c’est la confi­gu­ra­tion de l’Etat comme objet, pro­priété, d’une élite cor­po­ra­tiste cou­pée de sa société. En fait par­tout où ce type de mou­ve­ment existe actuel­le­ment, ce qui se joue c’est la décon­nexion ancienne que nous avions repé­rée il y a long­temps (TC 11) entre la mon­dia­li­sa­tion de la valo­ri­sa­tion du capi­tal et la repro­duc­tion de la force de tra­vail. Ce que l’on voit dans la période actuelle c’est que cela induit for­cé­ment sous toutes sortes de formes et de rai­sons une crise de la légi­ti­mité de l’Etat. Il appa­raît que cette décon­nexion frappe le rap­port de la popu­la­tion (c’est-à-dire les gens tels qu’ils sont membre de la société civile) à son Etat. Ce sen­ti­ment d’abandon quelle que soit l’idéologie dans laquelle il s’exprime, aussi bien en réponse à celle reven­di­quée par l’Etat (de plus en plus cultu­relle) que direc­te­ment par la popu­la­tion, fédère tous les anta­go­nismes qui avaient pour point com­mun de s’adresser à l’Etat et de recon­naître en lui leur pos­sible solu­tion. Un Etat devenu main­te­nant absent et pire étran­ger. C’est un phé­no­mène mon­dial. La mon­dia­li­sa­tion du MPC semble actuel­le­ment sus­ci­ter dans sa crise l’interclassisme de façon néces­saire pour cette rai­son d’extranéité de l’Etat à sa société.

La ques­tion : à nou­veau restruc­tu­ra­tion ou non ? On ne peut répondre tant que le com­bat n’a pas eu lieu. Il faut éga­le­ment se méfier : la Tur­quie n’est pas un pays en crise de la même façon que l’Europe occi­den­tale, même si le même phé­no­mène de décon­nexion entre l’Etat et sa société existe (il fau­drait prendre ainsi les natio­na­lismes et autre dits popu­lismes). L’une est dans le mou­ve­ment ascen­dant d’une pos­sible recom­po­si­tion mon­diale, l’autre non (ce qui ne signi­fie pas que l’une va dépas­ser l’autre).

Le carac­tère étran­ger de l’Etat ne ren­voie pas à une théo­rie de l’Etat com­pra­dore, mais au fait qu’il repré­sente une frac­tion de la bour­geoi­sie bel et bien natio­nale, mais telle que cette frac­tion s’insère dans le cycle mon­dial et qui n’a pas voca­tion à recom­po­ser la repro­duc­tion du capi­tal et de ses rap­ports de repro­duc­tion au niveau natio­nal (ce que les géo­graphes appellent la consti­tu­tion d’un ter­ri­toire mosaïque). Pour la Tur­quie, l’AKP (le pou­voir actuel en Tur­quie) ce sont les réseaux de pro­duc­tion au départ fami­liaux puis de moyennes entre­prises (deve­nues grosses pour cer­taines, mais même celles-ci sont immer­gées dans ces réseaux) très flexibles sur une main-d’œuvre au départ rurale qui trou­vait son compte dans cette arti­cu­la­tion moderne de la tra­di­tion, cen­trée sur la zone ana­to­lienne de la Tur­quie. Pour arti­cu­ler cette pro­duc­tion au cycle mon­dial, il a fallu tota­le­ment bou­le­ver­ser l’économie turque tenue par l’Etat, c’est-à-dire l’armée, dont le centre était Istan­bul et la côte égéenne (la côte de la Mer Noire est depuis long­temps en per­di­tion). Eco­no­mie cen­trée sur de vastes conglo­mé­rats orien­tés vers le mar­ché inté­rieur et n’ayant aucune chance avec l’ouverture des frontières.


[1] Il est nor­mal que, comme « prix du tra­vail », le salaire en appelle à l’injustice de la dis­tri­bu­tion car en tant que tel il n’est plus la seule source de valeur mais un revenu atta­ché à un fac­teur de la pro­duc­tion au côté du capi­tal et de la terre qui eux aussi sont alors atta­ché à un revenu.

2 Commentaires

  • Patlotch
    24 novembre 2013 - 1 h 16 min | Permalien

    « il n’est jamais ques­tion de la contra­dic­tion entre femmes et hommes. Il est de ce point de vue là tota­le­ment à recom­po­ser (je ne dis pas à réécrire). […] Il y a un pro­blème … ou alors c’est mon problème.»

    C’est le pro­blème de tout un cha­cun. Dans la construc­tion théo­rique de TC, il y a cette dis­sy­mé­trie, du fait que le genre manque de chair… de “luttes théo­ri­ciennes”. C’est pas faute de chercher.

    Regar­dez sur dndf, les infos, on n’y touche pas, ou peu. Il va fal­loir plon­ger, sur toute la palette, de la pros­ti­tu­tion capi­ta­li­sée au femmes bat­tues, en pas­sant par le tra­vail des femmes et le mariage heureux.

    Rien que d’en par­ler, c’est plus dif­fi­cile que les luttes prolétariennes.

    Mais au fond, c’est la même chose dans tous les domaines, la réa­lité fait peur

  • CLN
    28 novembre 2013 - 11 h 12 min | Permalien

    quelques infos en pro­ve­nance d’espagne

    avec cette “manie” , ouverte par les ita­liens à la fiat, de faire voter l’aggravation de la condi­tion d’exploité, une restruc­tu­ra­tion dans la restruc­tu­ra­tion et des défaites suc­ces­sives et les tra­vailleurs non cou­verts par des conven­tions col­lec­tives dimi­nue
    le rap­port d’exploitation devient un face à face avec le patron

    MADRID, 20 (EUROPA PRESS)
    Le secré­taire de l’action syn­di­cale UGT, Toni Fer­rer, a déclaré mer­credi qu’en Octobre de cette année ont été posté à moins de 900 conven­tions col­lec­tives dans le même mois de 2011, 39,3% de moins, afin que les tra­vailleurs cou­verts a dimi­nué de deux mil­lions, dont 1,3 mil­lions sont pour la période de vali­dité de la réforme du travail.

    bon, c’est comme d’hab, une tra­duc auto, mais c’est com­pré­hen­sible, enfin il me semble

    pour les non connais­seurs, la cgt en espagne, est anar, c’est une scis­sion de la cnt

    les phrases en gras sont de mon fait

    chris­tian

    http://www.elmundo.es/television/2013/11/28/5296835561fd3d64738b4575.html

    Le deuxième temps de la chance: RTVE voter «oui» à la pro­tec­tion de modèle d’accord

    La par­ti­ci­pa­tion a chuté de 15 % et 38% des tra­vailleurs se sont abs­te­nus
    Sur les 3935 suf­frages expri­més pour 2871 ont été «oui» , ce qui repré­sente 72,96 %

    RAÚL PIÑA­Ma­drid Mise à jour: 28/11/2013 12:58
    Encore une fois , ils sont reve­nus dans les son­dages de RTVE . La société a couru deux fois sur la même pierre pour les bis vou­laient la chan­son à une saine ges­tion . Le modèle pour la deuxième fois voté pour accord pré­li­mi­naire II conven­tion col­lec­tive conclue entre l’entreprise et les syn­di­cats SI , UGT et USO repré­sen­tant 70% des tra­vailleurs . Il a quitté le «oui» avec 72,9 % des suf­frages expri­més . Dans le pre­mier vote est venu le «non» par 29 voix . L’accord pré­voit la pro­tec­tion de modèle pour deux ans et une réduc­tion de la fac­ture de 28,5 mil­lions de salaire , mais sans réduire le salaire de base .

    La ten­sion , les nerfs et la confron­ta­tion des der­nières semaines scores dans la coexis­tence RTVE . La lutte entre les syn­di­cats a divisé le modèle . SI , UGT et USO demandé l’autre . CCOO et CGT parier sur l’abstention et le vote blanc . Offi­ciel­le­ment a gagné oui , mais tout le monde peut dire qu’ils ont gagné .

    Au total , 3935 per­sonnes ont voté sur un recen­se­ment 6393 au total . Je veux dire, il ya eu 2 458 abs­ten­tions , par rap­port à 1478 dans le pre­mier tour de scru­tin . Il a grandi abs­ten­tion , qui a grimpé à 38,4 % . Ce qui peut être consi­déré comme un triomphe de la CCOO et CGT . «Nous croyons qu’un pré– accord moins nocif serait pos­sible . N’a pas été donné une chance . Pour le bien de tous , l’atmosphère que nous avons vécu ces der­niers mois devrait amé­lio­rer de façon signi­fi­ca­tive », a expli­qué de CCOO .

    ” Entre la peur ou la mort , les tra­vailleurs ont choisi la mort ” , condamné de la CGT . ” Le taux de par­ti­ci­pa­tion était de 15% infé­rieur à celui avant et il ya eu plus de 17 % des votes valides. Com­prendre que la fois le vote abs­ten­tion nulle comme le sont les formes de pro­tes­ta­tion des tra­vailleurs for­cés dans un simu­lacre d’élection et fati­gué de manoeuvre de qui devrait repré­sen­ter fidè­le­ment leurs inté­rêts ” . Les votes nuls et blancs sont pas­sés de 256 au pre­mier tour à 862 , soit 22% du total des suf­frages exprimés.

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